Fiche élaborée par Noemi Borrelli, université de Naples "L'Orientale"

Famille de langues et particularités linguistiques

Le sumérien (eme-gi7 « la langue maternelle ») est une langue isolée, pour laquelle aucune relation satisfaisante à aucune langue connue n'a encore été trouvée. Elle est considérée comme une langue agglutinante avec une construction de ergative et une prédominance de mots monosyllabiques (Jagersma 2010).

Écriture

La première attestation de l'écriture cunéiforme remonte à la fin du ive millénaire avant notre ère. Cette écriture a une structure logo-syllabique : un système mixte de logogrammes (signes  correspondant à des mots) et de phonogrammes (signes sonores), celui-ci attesté seulement dans un deuxième temps.

Les signes cunéiformes qui, en sumérien et en akkadien ont généralement une valeur syllabique, ont un usage polyvalent : un seul signe peut avoir à la fois un une lecture logographique et phonographique. Une association sémantique a donné une direction au développement écrit, cela ayant comme conséquence directe le phénomène de la polysémie qui est l'un des principes de base de l'écriture cunéiforme. Un logogramme peut ainsi acquérir une nouvelle valeur logographique, non seulement par l'association de sens, mais aussi par des similitudes sonores. Par conséquent, différents signes peuvent partager la même valeur phonétique.

Il arrive que certains signes peuvent également travailler comme classificateurs sémantiques ou, moins fréquemment, et cela beaucoup plus tard, en tant que compléments phonétiques. Ces classificateurs, qui n’étaient pas réellement lus, sont par ailleurs connus en assyriologie comme des déterminatifs.
En raison et malgré la lourdeur de son système qui offre néanmoins une certaine souplesse, l'écriture cunéiforme a été utilisée durant plus de trois millénaires et dans un horizon géographique qui s’étendait de l'ancien Iran au Levant et de l'Égypte à l'Anatolie. Beaucoup de langues ont adopté le système cunéiforme, quelle que soit leur nature, leur grammaire ou de leur famille de langues. Sumérien et akkadien, élamite et vieux-perse, hourrite et hittite, ougaritique et éblaïte eurent comme terrain commun l’écriture cunéiforme.

Extension chronologique et géographique

La première attestation de la langue sumérienne a été datée de 3100 BCE, peu après que  les premiers pictogrammes cunéiformes sont apparus. Même si, en arrière-plan de ces pictogrammes, la structure de la langue ne peut pas être identifiée, en raison de l'absence de morphèmes grammaticaux (mots à fonction), il est tout à fait possible de repérer qu’il s’agit de sumérien (Michalowski 1996).

L'écriture cunéiforme, et donc les langues sumérienne et akkadienne, ont persisté dans les milieux religieux et ceux des scribes jusqu'à la période séleucide, un moment où l'araméen avait depuis longtemps remplacé l'akkadien comme langue parlée et écrite et où le grec était employé comme outil administratif. En effet, le dernier lot de tablettes cunéiformes appelées gréco-babyloniennes a été produit à Babylone entre le ier s. BCE et le ier s. CE. Le gréco-babylonien a enregistré des compositions rituelles et religieuses écrites en akkadien et en sumérien sur l'avers, avec une translittération en caractères grecs sur le revers (Westenholz 2007; Geller, 1997).

Évolution de la  langue, différences idiomatiques

L’évolution du sumérien suit grosso mode cette classification :

• 3100-2600 BCE : sumérien archaïque 
• 2600-2300 BCE : ancien / sumérien/ sumérien "classique" 
• 2300-2000 BCE : néo-sumérien 
• 2000-1700 BCE : sumérien tardif 
• 1700 BCE - 100 CE : sumérien postérieur

Dans la seconde moitié du iiie millénaire, deux dialectes du sumérien peuvent être distingués : celui du nord et celui du sud, qui diffèrent l’un de l'autre par des règles, comme celles de l'harmonie vocalique ou la construction du passif. En outre, un autre dialecte a été identifié : l’emesal,  ou « langue élégante », utilisé uniquement dans des contextes littéraires et cultuels de la période du vieux babylonien.  Au xixe s., le sumérien est une langue morte ; il n’est plus parlé. À partir de cette époque, il a été utilisé comme langue écrite et a été transmis exclusivement dans des contextes cultuels et dans les milieux lettrés qui ont fourni des traductions en akkadien. Dans les textes postérieurs, en raison de la méconnaissance de la langue sumérienne, on a pu constater plusieurs erreurs, à la fois  dans la grammaire et dans l'écriture.

Valeur symbolique et vecteurs d'influences culturelles

L’écriture  cunéiforme a été le premier vecteur et fut avant tout responsable de la survivance du sumérien puisque la culture mésopotamienne était avant tout un conservatoire. L’incessante tentative, que les scribes ont réalisée pendant plusieurs siècles, a sauvé le sumérien de l'oubli et l’ont conservé grâce à une activité de copie incessante des textes existants. De fait, notre compréhension de la langue sumérienne doit beaucoup à l'akkadien : c’est de la connaissance de cette langue que le sumérien a pu être appréhendé.

Cependant, la relation entre le sumérien et l’akkadien était active, aussi loin que les attestations textuelles permettent de se représenter que, depuis le iiie millénaire, le sumérien et l’akkadien sont entrés en contact et ont créé une sorte de symbiose mutuelle à la fois des cultures et des langues. Le contexte bilingue né de cette interaction a conduit à des phénomènes tels que les emprunts et la convergence dans les champs lexicaux, morphologiques, syntaxiques et phonologiques, de chaque côté.

Etre passé par les écoles de scribes et par des œuvres aussi fondamentales que les compositions littéraires a profondément enraciné le sumérien dans la culture akkadienne. Grâce à ce syncrétisme, l'influence culturelle que l’akkadien a exercé des siècles durant sur les aires environnantes a nécessairement contribué à transmettre l'héritage sumérien.

Suite à ces considérations, il apparaît que toute analyse portant sur le sumérien doit inévitablement impliquer des références à l'akkadien.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix et outils de travail

Outils de travail

  • Electronic Pennsylvania Sumerian Dictionary
  • J.A. Halloran, Sumerian Lexicon: A Dictionary Guide to the Ancient Sumerian Language, Los Angeles, Logogram Publishing, 2006.
  • Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, Berlin-New York, De Gruyter, 1928-.

Sources historiques

  • Textes littéraires (textes narratifs, inscriptions royales, mythes, hymnes, lamentations)
  • Correspondance épistolaire
  • Textes techniques (augures, rituels, incantations, exorcismes)

Il est à noter que toutes les catégories de textes mentionnées ci-dessus ne peuvent fournir la même quantité ou les mêmes types de données, ni offrir un continuum homogène dans leur distribution.
Une distinction préliminaire entre un concept politique de paix et un autre, plus « spirituel », peut être repéré dans les différents corpus, surtout lorsque l’on réalise une comparaison entre les domaines de l’akkadien et du sumérien. Lors de la prochaine étape, on examinera comment ces nuances dans le sens de la paix sont reflétées dans le lexique.

Bibliographie

  • Cooper J., 1996. “Sumerian and Akkadian” in P.T. Daniels-W. Bright (eds), The World’s Writing Systems, New York-Oxford, Oxford University Press: 37-56
  • Fales M.F., 2008. “On Pax Assyriaca in the Eighth–Seventh Centuries BCE and Its Implications,” in R. Cohen, R. Westbrook (eds), Isaiah’s Vision of Peace in Biblical and Modern International Relations, New York, Palgrave Macmillan: 17-35.
  • — 2010. Guerre et paix en Assyrie: Religion et impérialisme. Les Conférences de l’École Pratique des Hautes Études, Paris, Cerf.
  • Geller M., 1997. “The Last Wedge” in Zeitschrift für Assyriologie und Vorderasiatische Archäologie, vol. 87 issue 1, Berlin-New York, De Gruyter: 43-95.
  • Jagersma B., 2010. A Descriptive Grammar of Sumerian. Leiden. [With a comprehensive discussion about previous grammars].
  • Liverani M., 1994. Guerra e diplomazia nell'Antico Oriente, 1600-1100 a.C., Roma-Bari, Laterza.
  • Michalowski P., 2004. "Sumerian", in Roger Woodward (ed.), The Cambridge Encyclopedia of the World's Ancient Languages, Cambridge, Cambridge University Press: 19-59.
  • Michalowski P., 1996. “Origin” in P.T. Daniels-W. Bright (eds), The World’s Writing Systems, New York-Oxford, Oxford University Press: 33-36.
  • Neumann H. et al. (Hrsg.), 2014. Krieg und Frieden im Alten Vorderasien. 52e Rencontre Assyriologique Internationale. International Congress of Assyriology and Near eastern Archaelogy (Münster, 17.–21. Juli 2006). Alter Orient und Altes Testament, Band 401, Münster, Ugarit-Verlag.
  • Oded B., 1992. War, Peace and Empire: Justifications for War in Assyrian Royal Inscriptions, Wiesbaden, Dr. Ludwig Reichert Verlag.
  • Perani M. (ed.), 2005. Guerra santa, guerra e pace dal Vicino Oriente antico alle tradizioni ebraica, cristiana e islamica: Atti del convegno internazionale, Ravenna 11 maggio-Bertinoro 12-13 maggio, 2004, Firenze, Giuntina.
  • Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, Berlin-New York, De Gruyter, 1928-.
  • Vidal J. (ed.), 2010. Studies on War in the Ancient Near East. Collected Essays on Military History, Alter Orient und Altes Testament, Band 372, Münster, Ugarit-Verlag
  • Westenholz A., 2007. “The Graeco-Babyloniaca Once Again.” Zeitschrift für Assyriologie und Vorderasiatische Archäologie, vol. 97, issue 2, Berlin-New York, De Gruyter: 262-313.

To cite this article

Noemi Borrelli, "Sumérien", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 14/04/2016, consulté le 01/08/2021.