Fiche élaborée par Alfredo Criscuolo (Université de Catane)

Famille de langue et particularités linguistiques

Grâce à la découverte de la ville de Ougarit en 1928 (Day 2002 pour l’histoire de la déchiffrement) et aux fouilles qui ont rendu quelque 2000 textes, nous avons appris, de cette civilisation, surtout la langue classique (par les textes poétiques et mytologiques) et, dans une moindre mesure, et de manière moins précise, la langue codifiée de la communication (par le genre épistolaire); à cet égard il ne serait pas correct de parler de “langue parlée”, comme suggéré par certains chercheurs.

Bien que le classement de cette langue soit encore l’objet de discussions par certains sémitisants, on pourrait la positioner dans le groupe sémitique du nord-ouest, partageant presque le même degré d'autonomie avec l’araméen et le cananéen. Dans l’histoire de la recherche, les spécialistes ont isolé différentes isoglosses entre l’ougaritique, l’amorite, l’araméen, l’arabe et les dialectes du cananéen. Surtout le grand nombre d’isoglosses avec cette dernière langue a conduit les savants à considérer l’ougaritique comme une langue “nord-cananéenne” (Tropper 1994). L’évidence de plusieurs archaïsmes, qui caractérisent l’ougaritique par rapport au cananéen et des ses dialectes, ainsi que les divergences entre eux, nous portent à voir la langue ougaritique comme issue d’un niveau linguistique plus ancien du continuum cananéen et pas nécessairement son antécédent direct. Bien que le cadre ne soit pas précis, nous pouvons dire avec confiance que l’ougaritique témoigne d'une des premières phases du groupe des langues sémitique du nord-ouest.

Écriture

Bien que cunéiforme dans la forme, l’écriture ougaritique ne partage rien avec la tradition mésopotamienne. À la façon suméro-akkadienne, et pour l’influence de la tradition des scribes akkadiens, les textes sont inscrits sur tablettes d'argile avec un style, mais le système d’écriture, plutôt que syllabique, doit être considéré consonantique ou “alphabétique” pour la présence de trois signes vocaliques dans son inventaire graphématique. Vraisemblablement inventé vers 1250 AC., l’écriture ougaritique tire son origine des systèmes d’écriture proto-sinaïtique et proto-cananéenne, en ajoutant aux vingt-sept graphèmes consonantiques, reflet de son inventaire phonétique, trois signes vocaliques {’a}, {’i} et {’u} pour mieux faciliter, peut être, l’écriture des langues étrangères employées dans son administration comme le hourrite ou l’akkadien (Pardee 2007; 2012). C’est pour cette raison que, dans la tradition des études, la dénomination “cunéiforme alphabétique” a finalement désigné l’écriture ougaritique.

Étendue chronologique et géographique

La ville d’Ougarit a été détruite vers 1185 a.J.C. et la documentation écrite parvenue jusqu'à nous couvre une période de cinquante ou soixante ans avant cette date.

La ville de Ougarit, centre du royaume homonyme, est située à environ 20 km au nord de l’actuelle ville de Lattakia en Syrie, sur la côte de la mer Méditerranée. Il a été calculé que le royaume d’Ougarit avait une extension d'environ 2 000 km carrés.

Vecteurs de rayonnement culturel

Dans le milieu historique et culturel de Syrie-Palestine à l’âge du Bronze récent, le pays d’Ougarit joue un rôle d'intermédiaire entre les cultures du Proche-Orient ancien. Port commercial et militaire parmi les plus importants dans la Méditerranée, la ville d’Ougarit est synonyme de cosmopolitisme : dans les documents d’archive, dans l'état actuel de nos connaissances, sont attestées huit langues différentes notées au moyen de cinq systémes distincts d’écriture. Les principales langues de référence sont l’ougaritique et l’akkadien, qui était la langue de chancellerie de l’époque et langue véhiculaire du Proche-Orient ancien. Il peut être surprenant de constater, dans le cadre de la recherche sur le vocabulaire de la paix, que le premier événement historique documenté du royaume d’Ougarit est le traité international (en langue akkadienne) conclu par Niqmaddou II d’Ougarit avec Azirou d’Amourrou.

Non moins significatif est le rôle de la littérature ougaritique pour l'histoire critique de la littérature biblique, surtout pour les textes poétiques, et l’importance de son lexique qui est étè trés utile à la comprension de beucoup des lexèmes bibliques, qui étaient encore peu clairs avant la découverte d’Ougarit.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix

À ce jour on connaît presque une cinquantaine de textes poétiques de caractère mythologique et quelque 1500 textes en prose qui relèvent du domaine religeux (rituels et textes votifs), des présages (astrologie et extispicine), du domaine vétérinaire, de la correspondance, de l’amministration et de l’enseignement. Les autres textes, environ 2000, sont trop fragmentaires pour être utilisés.

Bien qu'aucun texte sera laissé de côté, notre attention se concentrera principalement sur les textes mythologiques dans lequels il est facile de trouver des sujets liés au domaine de la paix, comme par exemple l'amitié et l’hospitalité ou, dans le cas d'un résultat positif, les conflits entre les dieux. Non moins important, pour notre recherche, est l’épistolographie, principale source de preuve des relations personnelles et des relations internationales.

Instruments de travail

L'édition des textes se doit aux soins de Dietrich, M. et Loretz, O. et Sanmartín, J. (2013).

Pour le lexique on doit se référer à Del Olmo Lete et Sanmartín (2003).

Pour une introdution générale aux études ougaritiques on peut voir Watson et Wyatt (1999).

Les grands textes fondateurs

Citons ici les plus importants parmi les textes mythologiques qui sont nous parvenus :

  • Le cycle de Baᶜal (KTU 1.1-6). Bien que l’exacte séquence des tablettes ne soit pas claire et les textes soient tous plus ou moins mutilés, l’ensemble n’est pas dépourvu de cohérence et le sens général en est compréhensible.
  • La légende de Keret (KTU 1.14-16). Malgrè les lacunes, la séquence des tablettes est claire ainsi que l’histoire.
  • La légende d’Aqhat (KTU 1.17-19). Malheureusement nous ne connaissons pas la fin mais, sauf quelques lacunes, c’est le text le mieux conservé parmi les trois.

On peut avoir une idée générale de la littérature ougaritique en consultant: Caquot, Sznycer et Herdner (1974) et Caquot et de Tarragon (1989).

Bibliographie

  • Caquot, A. et Sznycer, M. et Herdner, A.

    1974 Textes ougaritiques. Mythes et légendes. Tome I, Les Éditions du Cerf. Paris.
  • Caquot, A. et de Tarragon, J-M.

    1989 Textes ougaritiques. Textes religieux et rituels. Tome II, Les Éditions du Cerf. Paris.
  • Day, P.

    2002 “Dies diem docet: The Decipherment of Ugaritic”. Studi Epigrafici e Linguistici 19, 37-57.
  • Del Olmo Lete, G. et Sanmartín, J.

    2003  A Dictionary of the Ugaritic language in the alphabetic tradition Voll. I-II, (tr. de G. Del Olmo Lete et J. Sanmartín, Diccionario de la lengua Ugarítica, Voll I-II. Editorial AUSA. Sabadell, Barcellona 1996-2000. Édité par Wilfred G. E. Watson), Brill. Leiden.
  • Dietrich, M., Loretz, O. et Sanmartín, J.

    2013 The Cuneiform Alphabetic Texts from Ugarit, Ras Ibn Hani and other places. Third, enlarged edition (AOAT 360/1). Ugarit-Verlag. Münster.
  • Pardee, D.

    2007 “The Ugaritic alphabetic cuneiform writing system in the context of other alphabetic systems” dans: C. L. Miller (éd.). Studies in Semitic and Afroasiatic Linguistics presented to Gene B. Gragg (Studies in Ancient Oriental Civilization 60). Oriental Institute. Chicago. 181-200.

    2012 The Ugaritic texts and the origins of West Semitic literary composition. Oxford University Press. Oxford.

  • Tropper, J.

    1994 “Is Ugaritic a Canaanite language?” dans: G. J. Brooke, A. H. W. Curtis et J. F. Healey (éds). Ugarit and the Bible. Proceedings of the International Symposium on Ugarit and the Bible, Manchester, September 1992 (Ugaritisch-Biblische Literatur 11). Ugarit-Verlag. Münster. 343-53.
  • Watson, W. G. E. et Wyatt, N. (éds.)

    1999 Handbook of Ugaritic studies, Brill. Leiden, 1999.

Pour citer cet article

A. Criscuolo, "Langue ougaritique", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15/10/2015, consulté le .