Articles_en_français

Sylvie Denoix Directrice du programme
CNRS, UMR 8167, équipe « Islam médiéval », Paris
Responsable pour la langue arabe
sylvie.denoix[at]cnrs.fr

Korshi Dosoo Chercheur, concepteur de la base de donnée lexicale, webmaster.
LABEX Resmed, Paris 
Responsable pour la langue copte
korshi.dosoo[at]paris-sorbonne.fr

Isabelle Augé, CEMM (EA 4583)

 

Table des matières

I. Le contexte historique de la conquête arabe et des premiers Umayyades
II. Le lexique
III. Le contexte de l’opposition aux Abbassides
IV. Le lexique (II)
V. Annexe : Les termes employés dans la chronique de Łewond
VI. Bibliographie: Sources
VII. Bibliographie: Études
VIII. Notes


  1. L’alphabet arménien est créée au début du Ve siècle par le moine Mesrop Maštoc‘, dans un contexte politique difficile et sous la pression grandissante des Perses. Cette accession à la langue écrite permet de traduire, dans un premier temps, les saintes Écritures et des textes religieux, en particulier les écrits des Pères de l’Église. Puis, dans une situation toujours troublée, point la nécessité de raconter l’histoire nationale, vue comme une prolongation de celle du peuple élu1. Dans cette foisonnante historiographie arménienne, nous avons choisi, pour cette étude menée dans le cadre du programme de recherche en lexicographie historique consacré aux mots de la paix, l’ouvrage du vardapet Łewond, intitulé Discours historique. Ce choix s’explique par plusieurs facteurs : le premier, très prosaïque, est la parution récente d’une nouvelle édition scientifique, préparée par Alexan Hakobian, accompagnée d’une traduction et d’un commentaire historique très détaillé, réalisés tous deux par Bernadette Martin-Hisard 2.

  2. Au-delà, le choix résulte d’une réflexion sur la problématique : l’objet d’étude est la paix, la manière de la dire, de la formuler, de la penser, de la vivre. Le récit de Łewond, comme l’annonce la version développée de son titre, est un discours sur « l’apparition de Mahmet et de ses successeurs, comment et de quelle manière ils se rendirent maîtres de l’univers et particulièrement de notre nation arménienne »3. Il s’agit donc pour l’auteur de narrer non seulement les invasions arabes et leur lot d’exactions et de massacres, mais aussi la mise en place de la domination arabe, qui passe par l’établissement de textes qui fixent les conditions de reddition, les droits et les devoirs de chacun et, au-delà, la vie quotidienne des Arméniens, jouissant du statut de dhimmis, qui voient alterner des périodes calmes et d’autres plus agitées, où révoltes et répressions se succèdent et se répondent.

  3. Łewond, n’est connu que par ce qui transparaît de ses écrits, c’est-à-dire fort peu de choses4. Il est présenté comme un grand vardapet, donc un personnage qui occupe une place à part dans l’Église arménienne, prêtre et moine, versé dans les études théologiques et leur enseignement5. Son œuvre couvre une période qui commence à la mort du prophète Muḥammad en 632 et s’achève avec l’accession au catholicossat de Step‘annos, en 788/789. Bernadette Martin Hisard propose d’en situer la rédaction peu de temps après, dans la dernière décennie du viiie siècle, revenant à la thèse traditionnelle qui avait été remise en question par des travaux récents, notamment ceux de T. Greenwood, qui la plaçaient plus tard dans le temps6.

  4. Nous étudierons donc successivement les différentes étapes de la mise en place de la domination arabe sur l’Arménie en mettant en avant le lexique de la paix chez le vardapet Łewond, sans nous interdire d’aller quelquefois solliciter, à titre comparatif, les témoignages de certains de ses compatriotes, antérieurs ou postérieurs.

     

    I. Le contexte historique de la conquête arabe et des premiers Umayyades


  5. Les conditions de la reddition des Arméniens sont rapportées au tout début du récit dans un extrait à la chronologie douteuse, mais qui fait sans doute écho à un épisode historique bien connu, le traité signé en 651-652 par T‘ēodoros Ṙštuni. Ce dynaste arménien, qui s’était emparé du pouvoir à la faveur de l’affaiblissement des Perses, chercha d’abord, avec l’alliance des Byzantins, à stopper l’invasion, avant de se résoudre à traiter avec Mu‘āwiya, alors gouverneur de Syrie et de Mésopotamie7.

  6. Le texte de Łewond présente les événements comme suit :

    Mais le prince d’Ismaël écrit une lettre à notre pays d’Arménie : « Si vous ne payez pas tribut et si vous ne vous soumettez pas au joug de ma servitude, je vous exterminerai tous au fil de l’épée ». Alors les princes et les naxarars de notre pays, s’étant assemblés autour du patriarche d’Arménie Nersēs, le constructeur de Surb Grigor, acceptèrent de payer tribut à la tyrannie des ismaélites.

    Comme ceux-ci demandaient des otages, ils livrèrent deux naxarars d’Arménie, Grigor de la maison des Mamikonean et Smbat de la maison des Bagratuni.

    On les conduisit au prince des Arabes Mawea (Muawiya) et l’on négocia pour notre pays d’Arménie le versement annuel d’un tribut de 500 dahekan contre la possibilité de rester sans crainte là où l’on demeurait »8.

  7. La lecture de ce passage montre que l’on établit donc un traité9 qui règle les conditions de la conquête, accordant aux Arméniens le statut de dhimmī-s, qui leur concède des droits mais exige aussi des contreparties10. La seule contrepartie mentionnée ici est le versement d’un tribut annuel11, d’ailleurs faible, voire symbolique, accompagné de la remise d’otages. Les conquérants demandent donc surtout la soumission12 et ce terme revient constamment dans les discussions ultérieures.

  8. En contrepartie, et c’est surtout ce qui nous intéresse ici, les protagonistes arméniens obtiennent « la possibilité de rester sans crainte là où on demeurait ». Le résultat de la négociation est donc la sauvegarde de leurs biens et de leurs personnes. Le terme employé, celui de աներկիւղ (anerkiwł) signifiant littéralement sans peur, formé de երկիւղ (erkiwł) peur, précédé du privatif. Le statut obtenu permet donc, en échange d’un certain nombre d’éléments, qui sont ici très résumés, de vivre dans la sérénité et la quiétude, ce qui est une façon de dire que l’on vit en paix, mais assujettis. Ici l’auteur insiste surtout sur le caractère inévitable de la signature du traité qui propose donc la tranquillité comme alternative à la guerre et est accepté par les dynastes arméniens qui n’ont guère d’autre choix. Le Pseudo-Sebēos, seul chroniqueur antérieur, qui narre lui les événements survenus jusqu’en 655, est beaucoup plus critique envers le signataire arménien du traité, T‘ēodoros Ṙštuni. L’accusant d’avoir quitté l’alliance grecque pour se soumettre aux musulmans, il écrit : « Ils [les Arméniens] firent alliance avec la mort et conclurent un pacte avec l’enfer »13. Le Pseudo-Sebēos est également beaucoup plus détaillé sur les conditions concrètes du traité14. Ce dernier, daté de 652, auquel il est fait simplement allusion, et encore de manière hypothétique, au tout début du récit de Łewond, pose donc les bases d’un modus vivendi qui subit toutefois des variations en fonction de l’attitude des Arméniens et de celle des conquérants, le durcissement étant avéré avec l’arrivée au pouvoir des Abbassides en 750. La chronique de Łewond revient sur les conditions de la soumission lors d’un événement daté de 703, la visite du catholicos arménien Sahak au calife ‘Abd al-Malik b. Marwān Ier15.

  9. Ce déplacement du chef de l’Église répond à une inquiétude des dynastes arméniens qui, après avoir remporté une victoire militaire sur les Arabes, voient le frère du calife, Muhammad b. Marwān, arriver dans leur pays à la tête d’une armée. Ils persuadent alors le catholicos de se déplacer et de jouer le rôle de médiateur qui lui est traditionnellement dévolu. Ils l’envoient faire la paix et se soumettre au joug de leur servitude. Sur le trajet, le catholicos tombe malade et, sentant sa fin proche, il décide d’écrire une lettre au calife, dont Łewond reproduit la teneur :

    « J’ai été envoyé à ta rencontre par ma nation pour dire devant toi mes résolutions, ce que les naxarars et le petit peuple des Arméniens te demandent unanimement. Mais Celui qui est l’intendant de la vie s’est hâté de m’enlever auprès de lui et je n’ai pas eu le temps de te rencontrer et de parler avec toi. Mais maintenant, je t’adjure par le Dieu vivant et je fais avec toi le pacte d’alliance que Dieu fit avec votre père Ismaël, par lequel il promit de lui donner l’univers en servitude et sujétion : fais la paix avec mon peuple et ils te serviront en versant tribut, interdis le sang à ton épée et le pillage à ta main et ils t’obéiront de tout leur cœur ; mais, en ce qui concerne notre foi, que nous ayons le pouvoir de garder ce en quoi nous avons cru et que nous avons confessé et que personne sous ton autorité ne nous tourmente pour nous détourner de notre foi. Maintenant, si tu accomplis ce dont je te prie, le Seigneur fera prospérer ton empire et les desseins de ta volonté s’accompliront et le Seigneur fera obéir tous ceux qui sont sous ton autorité. Mais si tu ne veux pas écouter mes paroles et si tu conçois le projet pervers de te dresser contre mon pays, le Seigneur dissipera tes desseins – et puissent les pas de tes pieds n’être plus assurés – il détournera le cœur de tes troupes pour qu’elles n’exécutent pas tes volontés et il te suscitera de tous côtés des oppresseurs – et puisse ton empire perdre sa stabilité ! Maintenant ne dédaigne pas ma requête et mes bénédictions seront sur toi ! »16

  10. Dans son commentaire de l’œuvre de Łewond, Bernadette Martin-Hisard insiste sur l’importance de cette missive qui a ensuite servi de base pour la définition des relations arméno-arabes.

     

     

    II. Le lexique


  11. Les termes du registre de la paix sont ici particulièrement présents. La première condition pour parvenir à cet état est la servitude ծառայութիւն (caṙayut‘iwn) et la sujétion հնազանդութիւն (hnazandut‘iwn). En échange de cette soumission complète, le calife doit faire la paix, ou plutôt la refaire. L’expression employée est « fais la paix » արասցես խաղաղութիւն (arasc‘es xałałut‘iwn). Le verbe faire est ici employé au futur II avec un sens exhortatif, voire impératif. Si la paix est établie, et c’est la condition sine qua non, alors les Arméniens paieront le tribut. La paix est également présentée par le catholicos comme une condition permettant la prospérité du califat qui, si elle n’est pas respectée, entraînera les foudres divines. Le catholicos propose donc ici des règles de vie, acceptant de se soumettre sur le plan politique en échange de cette paix sociale, religieuse et civile.

  12. Certaines périodes, soulignées dans l’ouvrage de Łewond, répondent en effet parfaitement à ce schéma. La première remonte assez haut dans le déroulement chronologique des événements, au moment de l’établissement de la conquête, sous le califat de Mu‘āwiya. Łewond écrit : « Il y eut une longue paix sous le principat [de Mu‘āwiya] »17. Le terme employé pour désigner la paix est le terme très classique de խաղաղութիւն (xałałut‘iwn), un nom commun ici au nominatif : la paix est établie. Bernadette Martin-Hisard a rendu par « longue » l’adjectif qui précède, բազում (bazum) qu’on pourrait aussi traduire par grande, le terme signifiant littéralement « beaucoup ». Il est en tout cas intéressant de noter que Łewond, lorsqu’il écrit ceci, envisage la paix à l’intérieur du Dār al-islām puisque le calife Mu‘āwiya mena par ailleurs de très nombreuses guerres, en particulier contre les Byzantins. L’auteur, lorsqu’il souligne la paix, envisage donc la paix civile, le calme et la tranquillité dont jouissent les dhimmī-s dans les pays d’Islam, et en aucun cas la paix au sens diplomatique.

  13. Sous le califat de Mu‘āwiya, est désigné, pour l’Arménie, un représentant autochtone, qui obtient le titre de prince d’Arménie, en la personne de Grigor Mamikonean (661-685). Là encore, le chroniqueur insiste sur l’âge d’or représenté par ce principat en ces termes :

    « Durant son principat, Grigor, prince d’Arménie, assura la paix à notre pays d’Arménie face à tous les pillards et aux attaques ; car c’était un homme qui avait la crainte de Dieu et qui aimait les étrangers aussi bien que ses frères, prenait soin des pauvres et était parfait dans la foi et la piété »18.

  14. Le terme employé ici, qui est traduit par « assura la paix » est le verbe խաղաղացուցանեմ (xałałac‘uc‘anem) qui signifie « pacifier ». C’est un verbe factitif, formé à partir du verbe խաղաղանամ (xałałanam), « être en paix, paisible ». On a rajouté au radical aoriste du verbe le suffixe –ուցանել (uc‘anel). L’auteur, qui est un docteur de l’Église arménienne, explique la réussite de Grigor Mamikonean par la grande piété dont il sut faire montre. Cette constatation est reprise dans l’historiographie postérieure, notamment par le catholicos historien Yovhannēs Drasxanakertc‘i, qui le présente comme un « homme pieux et craignant Dieu » et ajoute qu’il fut « auteur de très honorables règlements et directives [promoteur] de prospérité19 et de paix20, de sécurité21 et de plénitude22 en toutes choses »23. Si la description faite ici peut sembler idyllique, il faut tout de même noter qu’elle correspond à une réalité puisque le pays n’est alors l’objet d’aucune incursion arabe, pas plus que d’opérations menées par les Byzantins. Le problème khazar n’est, quant à lui, réellement dangereux qu’à partir de 685. La paix à l’intérieur des frontières d’Arménie est donc bien réelle et se traduit d’ailleurs par un développement architectural notable avec la construction, dans le territoire arménien, de nombreuses églises, comme le note d’ailleurs ici l’auteur, dans la suite du passage cité, en expliquant que Grigor Mamikonean fit construire une grande église à Aruč24.

  15. Ce résultat s’explique donc par la capacité du prince arménien à assurer la paix. Le même verbe factitif est employé par l’auteur un peu plus loin dans son récit, lorsqu’il revient sur le califat d’‘Umar II (717-720), huitième souverain de la dynastie des omeyyades. Lewond écrit qu’il assura la paix dans les pays qui étaient sous son principat25.

  16. On retrouve enfin le même verbe խաղաղացուցանեմ (xałałac‘uc‘anem) lorsque Łewond s’arrête sur le règne du calife Hishām (724-743) qui nomme, en 732, un gouverneur pour l’Arménie, en la personne de Marwān b. Muḥammad. Lorsque ce dernier arrive, il est accueilli par les dynastes arméniens et échange avec eux des « paroles de paix »26. Puis l’auteur s’attarde un peu sur son action dans la province d’Armīniya, désormais bien instituée, qui réunit l’Arménie (avec Dvin pour centre), la Géorgie orientale (avec Tbilissi) et l’Albanie27 :

    « Et lui-même, maître de notre pays, pacifia tous les assauts de la violence ; il fit couper les pieds et les mains des fauteurs d’injustices, des brigands, des voleurs et des ennemis de l’ordre et les condamna à mort par le bois »28.

  17. Le verbe qui est ici traduit par « pacifia » est le même factitif խաղաղացուցանեմ (xałałac‘uc‘anem). Il est intéressant d’insister, avec Bernadette Martin-Hisard, sur le fait que Łewond nous montre ici Marwān b. Muhammad non comme un chef de guerre mais comme un gouverneur civil qui veut mettre de l’ordre dans le pays. Il est là pour maîtriser les troubles à l’ordre public et est sans doute, dans cette tâche, aidé par les quḍāt chargés de faire régner un ordre conforme à la sharia29. On ne se trouve plus ici dans un contexte de conquête de territoire, qui amène les vainqueurs et les vaincus à négocier les termes d’un protectorat, mais dans un contexte de gestion directe d’un territoire soumis, dans lequel il faut faire régner l’ordre.

  18. Au-delà des périodes de calme qui offrent la meilleure entrée pour étudier le lexique de la paix, il faut également se pencher sur un autre type d’événements très intéressants qui sont les révoltes ou les préparations de révoltes contre le pouvoir en place, ici le califat. Il est alors possible de voir, dans les discussions et les confrontations qui animent les révoltés potentiels, les différents points de vue qui coexistent quant à cette paix établie par le vainqueur.

     

    III. Le contexte de l’opposition aux  Abbassides


     

  19. Le contexte de la mise en place et de l’installation du pouvoir abbasside est particulièrement propice à ce type de réaction de la part des Arméniens. Dans les années 748-749 d’abord, alors qu’Ašot (III) Bagratuni est prince d’Arménie pour le compte du califat, les autres dynastes, en particulier Grigor et Dawit‘ Mamikonian, veulent profiter des dissensions internes au califat pour secouer le joug et se révolter. Représentant du califat, le prince Bagratuni est très circonspect à l’égard de cette idée qu’il juge vouée à l’échec. L’auteur rapporte alors le discours supposé avoir été prononcé par le même prince et adressé à chacun des dynastes. Dans cette harangue, la situation est présentée d’une manière très manichéenne. La première option, la révolte, qualifiée d’idée extravagante, entraînera de manière certaine « souffrances et calamités ». Au contraire, Ašot explique que, si chacun reste à sa place, et si les Arméniens continuent à verser le tribut, alors ils garderont leurs possessions, propriétés, vignes, forêts et champs30. Cette volonté de statu quo qui préserve un état de calme est approuvée par l’auteur qui, à plusieurs reprises, qualifie ce conseil de « sage ». La révolte est d’ailleurs tuée dans l’œuf du fait de la mésentente entre les protagonistes arméniens qui se réfugient pour certains en terre byzantine.

  20. Trois décennies plus tard, en 774-775, une révolte est à nouveau échafaudée, dans un contexte différent. Elle s’inscrit dans le refus de l’augmentation de la pression califale sous la domination abbasside. Celle-ci est bien réelle lorsque le calife envoie son frère ‘Abdallāh b. Muḥammad comme gouverneur de la province d’Arminīya. Il augmente considérablement les impôts, tout comme son successeur Yazīd b. Usayd31. Le premier à se révolter est Artawazd Mamikonian qui trompe le gouverneur arabe en lui faisant croire qu’il partait en campagne au service du calife et fait ainsi équiper ses cavaliers à l’aide de l’arsenal public puis attaque le collecteur d’impôt de Kumayrī. D’autres princes se joignent à lui, une assemblée se réunit lors de laquelle les conjurés se prêtent mutuellement serment. Ils sont confortés dans leur décision par les agissements d’un moine qui prédisait à qui voulait l’entendre la fin de la domination arabe. Mais, comme précédemment, la belle unanimité est rompue par un Bagratuni, neveu d’Ašot III, prénommé lui aussi Ašot. Comme plus haut, l’auteur donne la parole au prince qui, dans une longue harangue, expose ses arguments. La partie intéressante du discours, pour notre propos, porte sur la nécessité de rester sous le joug des Arabes, dans l’optique de rester en paix :

    « Mais maintenant, si cela vous agrée, acceptez mon conseil, car c’est votre intérêt, les besoins et la sécurité de notre pays que j’ai en vue ; telle sera en effet pour vous l’issue de cette entreprise : ou bien revenir et rentrer sous leur sujétion, vous tenir tranquilles32 et vivre en paix33, ici, sur votre terre ; ou bien abandonner votre terre en fuyant avec toute votre famille, quitter et laisser l’héritage de vos pères, vos demeures, forêts et champs, ainsi que les tombes de vos pères, et aller vivre en exil sous le roi des Grecs »34.

  21. Ašot reprend donc un argumentaire identique à celui de son oncle et prédécesseur ; seule l’alternative à la sujétion diffère, plus haut le prince proposait les souffrances, ici c’est l’exil dans le pays des Grecs qui attend les révoltés. Bernadette Martin-Hisard, dans son commentaire de l’œuvre, note avec justesse que l’on retrouve quelque chose du vieil idéal biblique de paix : « habiter en sécurité, chacun sous sa vigne et sous son figuier »35. Elle rappelle ainsi que c’était l’idéal proposé par le roi d’Assyrie aux Juifs : « Faites la paix avec moi, rendez-vous à moi et chacun mangera de sa vigne et de son figuier, chacun boira de l’eau de sa citerne »36. Les deux princes de la famille des Bagratuni veulent donc à tout prix préserver la relative tranquillité instaurée lors de la mise en place de la domination musulmane, remise en cause par les velléités de révolte de leurs compatriotes.

  22. Comme précédemment, l’auteur approuve pleinement cette position puisqu’il qualifie Ašot d’« homme à l’esprit sensé » et la révolte de « projet funeste » animé en sous main par les « conseils pernicieux » d’un « moine insensé ». Cette remarque pose bien entendu la question de la position des milieux ecclésiastiques par rapport à la guerre, au recours aux armes, à la violence et, plus largement à la domination d’un autre peuple et à la sujétion.

     

    IV. Le lexique (II)


  23. En se plaçant d’un point de vue strictement lexicographique, il faut noter le caractère assez pauvre de l’œuvre étudiée pour ce qui concerne le champ lexical de la paix. Ce sont les termes formés à partir de խաղաղ (xałał) qui dominent nettement. Le nom, xałałut‘iwn se retrouve au nominatif, à l’instrumental, et au génitif. Il faut d’ailleurs signaler à ce propos une expression employée par Łewond, et que nous n’avons pas recensée, qui est celle de « pacte de paix » (Ուխտ խաղաղութեան/ uxt‘ xałałut‘ean)37, utilisée pour décrire l’accord conclu, en 763, entre le gouverneur arabe de l’Arménie Yazīd et les Khazars38. Sur ce radical est également formé le verbe factitif « pacifier » que nous avons recensé à plusieurs reprises. Par cet emploi exclusif, l’auteur se différencie à la fois de son prédécesseur Sebēos, et du chroniqueur plus tardif Yovhannēs Drasxanakertc‘i, qui emploient aussi xałałut‘iwn, mais n’hésitent pas à traduire l’idée de paix par des synonymes, հաշտութիւն (haštut‘iwn) et շինութիւն (šinut‘iwn). Sans recherche poussée dans les œuvres de ces auteurs il est pour le moment impossible d’en dire plus sur cette divergence que l’on ne peut que constater.

  24. Au-delà de l’étude terminologique, c’est la question de la paix et de sa perception qui est posée. Elle paraît envisagée ici comme une absence de guerre dans un territoire soumis alors que le vainqueur continue à lutter contre les États voisins. Certains personnages, auxquels l’auteur semble appartenir, s’y rallient de plus ou moins bonne grâce, la considérant comme un moindre mal, alors que d’autres profitent de tous les changements de contexte pour tenter de secouer le joug de la domination arabe. Finalement, la seule paix réelle, assortie d’une grande stabilité et d’une période de prospérité, est effective sous le principat de Grigor Mamikonian, qui prend fin en 685.

  25. Il convient donc maintenant de systématiser les études aux grands auteurs de l’historiographie arménienne pour tenter de voir émerger des constantes, des variations et des évolutions dans le lexique et son emploi et dans la conception de la paix, sous gouvernement arménien (par exemple lors de la restauration de la royauté entre 884 et 1045) ou sous domination étrangère (sassanide, arabe ou mongole).

     

    V. Annexe : Les termes employés dans la chronique de Łewond


(Toutes les références sont données par rapport à l’ouvrage suivant : Łewond vardapet. Discours historique traduit et commenté par Bernadette Martin-Hisard (avec en annexe La correspondance d’Omar et de Léon, traduite et commentée par Jean-Pierre Mahé), texte arménien établi par Alexan Hakobian, Edition du Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance, Monographies 49, Paris, 2015, cité Łewond vardapet. Discours historique).

Anerkiwł, աներկիւղ (adj.) : Qui ne craint pas, sans peur, sans crainte. Peut être employé, comme dans l’exemple ci-dessous, avec le verbe Mnal (rester), dans le sens de vivre dans la tranquillité, protégé. Dans le contexte de la mise en place de la domination musulmane il désigne alors la condition du dhimmī  (protégé).

Exemple :

Եւ տարեալ զնոսա առ իշխանն Տաճկաց Մաւեայ հատին ի վերայ աշխարհիս Հայոց հարկս Շ դահեկան ի միում ամի հատուցանել նոցա, եւ աներկիւղ մնալ ի բնակութիւնս իւրեանց

Ew tareal znosa aṙ išxann Tačkac‘ Maweay hatin i veray ašxarhis Hayoc‘ harks Š dahekan i mium ami hatuc‘anel noc‘a, ew anerkiwł mnal i bnakut‘iwns iwreanc‘.

On les conduisit au prince des Arabes Mawea [Mu‘āwiya] et l’on négocia pour notre pays d’Arménie le versement annuel d’un tribut de 500 dahekan contre la possibilité de rester sans crainte là où l’on demeurait.

Référence : Łewond vardapet. Discours historique, éd. p. 25-27, trad. p. 26.

Harkim, -ec‘i, հարկիմ, -եցի (verbe) : Payer tribut, être forcé, obligé (verbe formé sur Hark, -ac‘, tribut, impôt, taxe).

Exemple :

Եթէ ոչ հարկեսջիք ինձ եւ ոչ անկջիք ընդ լծով ծառայութեան իմոյ, ի սուր սուսերի մաշեցից զամենեսեան 

Et‘ē oč‘ harkesǰik‘ inj ew oč‘ ankǰik‘ ǝnd lcov caṙayut‘ean imoy, i sur suseri mašec‘ic‘ zamenesean.

Si vous ne me payez pas tribut et si vous ne vous soumettez pas au joug de ma servitude, je vous exterminerai tous au fil de l’épée.

Référence : Łewond vardapet. Discours historique, éd. p. 25, trad. p. 24.

 Hrovartak, -ac‘, հրովարտակ, -աց (nom commun) : Lettre officielle, édit, décret émanant d’un souverain ou de son représentant. Dans le contexte de l’exemple donné ci-dessous, il s’agit, pour le calife, d’obtenir la reddition de l’Arménie et de conclure un traité.

Exemple :

Իսկ իշխանն Իսմայելի գրէ հրովարտակ յաշխարհս Հայոց

Isk išxan Ismayeli grē hrovartak yašxarhs Hayoc‘.

Mais le prince d’Ismaël écrit une lettre à notre pays d’Arménie.

Référence : Łewond vardapet. Discours historique, éd. p. 25, trad. p. 24.

Uxt, -ic‘, Ուխտ, -ից (nom commun) : Terme qui signifie vœu, souhait, et en est venu à prendre, par glissement, deux sens : le premier est celui, qu’il faut comprendre ici de « pacte, traité », le second, très souvent employé dans l’historiographie arménienne pour désigner les communautés monastiques, d’ « ordre, congrégation ».

Exemple :

Եւ միչդեռ ունէր զհրամանատարութիւն իշխանութեանն Եզիտ, յղէր դեսպան առ արքայն հիւսիսոյ, որում Խաքանն կոչէր, եւ խնդրէր առնել խնամութիւն ընդ նմա, որպէս զի ի ձեռն այնորիկ արասցէ ուխտ խաղաղութեան ընդ նմա եւ ընդ զաւրս Խազրաց

Ew minč‘deṙ unēr zhramanatarut‘iwn išxanut‘eann Ezit, yłēr despan aṙ ark‘ayn hiwsisoy, orum Xak‘ann koč‘ēr ew xndrēr aṙnel xnamut‘iwn ǝnd nma, orpēs zi i jeṙn aynorik arasc‘ē uxt xałałut‘ean ǝnd nma ew ǝnd zawrs Xazrac‘.

Et tandis que Ezit [Yazīd] exerçait le pouvoir de gouverneur, il envoya un émissaire au roi du Nord que l’on appelait Kaghan et lui demanda de faire avec lui une alliance matrimoniale afin de conclure de cette manière un pacte de paix avec lui et avec les troupes des Khazars.

Référence : Łewond vardapet. Discours historique, éd. p. 149, trad. p. 148.

Xałałut‘iwn, -ean, խաղաղութիւն, -եան (nom commun) : paix, calme, tranquillité, repos. C’est le terme le plus fréquemment employé dans les sources arméniennes pour désigner la paix, quelle que soit la période envisagée.

Exemple :

Եւ եղեւ բազում խաղաղութիւն յաւուրս նորա իշխանութեանն

 Ew ełew bazum xałałut‘iwn yawurs nora išxanut‘eann

Et il y eut une longue paix durant le principat [de Mu‘āwiya]

Référence : Łewond vardapet. Discours historique, éd. p. 27, trad. p. 26.

Expression employant ce terme :

Keal xałałut‘eamb, կեալ խաղաղութեամբ : être en paix, vivre en paix, le terme se trouve alors à l’instrumental :

Exemple :

Զի այս լինի ելք գործոյդ կամ դառնալ ձեզ եւ մտանել ընդ հնազանդութեամբ նոցա եւ հանդարտել եւ կեալ խաղաղութեամբ յերկրիս ձեր, եւ կամ մերժել փախստեամբ մամաւրէն ընտանեաւք յերկրէս ձերմէ եւ լքանել

Zi ays lini elk‘ gorcoyd kam daṙnal jez ew mtanel ǝnd hnazandut‘eamb noc‘a ew handartel ew keal xałałut‘eamb yerkris jer ew kam meržel p‘axsteamb mamawrēn ǝntaneawk‘ yerkrēs jermē ew lk‘anel.

Telle sera en effet pour vous l’issue de cette entreprise : ou bien revenir et rentrer sous leur sujétion, vous tenir tranquilles et vivre en paix, ici, sur votre terre ; ou bien abandonner votre terre en fuyant avec toute votre famille.

Sur ce terme est formé le verbe xałałanam, խաղաղանամ, être en paix, paisible, dont le factitif est souvent employé dans le sens d’« assurer la paix »

Xałałac‘uc‘anem, խաղաղացուցանեմ (verbe), pacifier, assurer la paix, calmer

Exemple :

Իսկ Գրիգոր իշխանն Հայոց յաւուրս իւրոյ իշխանութեանն խաղաղացոյց զաշխարհս Հայոց յամենայն հինից եւ յարձակմանց

Isk Grigor išxan Hayoc‘ yawurs iwroy išxanut‘eann xałałac‘oyc‘ zašxarhs Hayoc‘ yamenayn hinic‘ ew yarjakmanc’.

Mais, durant son principat, Grigor, prince d’Arménie, assura la paix à notre pays d’Arménie face à tous les pillards et aux attaques.

Référence : Łewond vardapet. Discours historique, éd. p. 29, trad. p. 28.

 

VI. Bibliographie: Sources


Drasxanakertc‘i, Yovhannēs Patmut‘iwn Hayoc‘, dans Matenagirk‘ Hayoc‘, ŽA hator [vol. 11], Ant‘ilias (Liban), 2010, p. 317-584, traduction française Patricia Boisson-Chenorhokian, Histoire d’Arménie. Introduction, traduction et notes, CSCO  vol. 605, Subsidia t. 115, Louvain, 2004.

Łewond vardapet. Discours historique traduit en français et commenté par Bernadette Martin-Hisard (avec en annexe La correspondance d’Omar et de Léon, traduite et commentée par Jean-Pierre Mahé), texte arménien établi par Alexan Hakobian, Édition du Centre de recherche d’histoire et civilisation de Byzance, Monographies 49, Paris, 2015.

Łewond vardapet, idem, traduction anglaise : Z. Arzoumanian, History of Łewond, the Eminent Vardapet of the Armenians, Philadelphie, 1982.

Matenagirk‘ Hayoc‘, D. Hator [vol. IV], Ant‘ilias, 2005.

Matenagirk‘ Hayoc‘, ŽA hator [vol. 11], Ant‘ilias (Liban), 2010

, traduction française Patricia Boisson-Chenorhokian, Histoire d’Arménie. Introduction, traduction et notes, CSCO  vol. 605, Subsidia t. 115, Louvain, 2004

 

VII. Bibliographie: Études


Eddé, A.-M., Micheau, F., et Picard, Ch., 1997, Communautés chrétiennes en pays d’islam du début du VIIe siècle au milieu du XIe siècle, Paris.

Greenwood, T., 2012, « A Reassessment of the History of Łewond », Le Museon 125, p. 99-167.

Kévorkian (dir.), 1996,  Arménie entre Orient et Occident. Trois mille ans de civilisation, Paris.

Łewondyan, Aram Ter , 1977, « Arminiayi ostikanneri žamanakagrut‘yunǝ » (Chronologie des ostikans d’Arménie), Patma-Banasirakan Handes.

1996,  « Connaître la sagesse : le programme des anciens traducteurs arméniens », dans R. H. Kévorkian (dir.), Arménie entre Orient et Occident. Trois mille ans de civilisation, Paris, p. 40-61.

Mahé, J.-P., 1996, « Le problème de l’authenticité et de la valeur de la chronique de Łewond », dans L’Arménie et Byzance. Histoire et culture, (Byzantina Sorbonensia – 12), Paris.

Mahé, J.-P., 2012, « Entre Moïse et Mahomet. Réflexions sur l’historiographie arménienne », REArm 23.

Mahé, J.-P., 2012, Histoire de l’Arménie des origines à nos jours, Paris.

Mardirossian, A, 2004, Le livre des canons arméniens (Kanonagirk‘ Hayoc‘) de Yovhannēs Awjnec‘i. Église, droit et société en Arménie du IVe au VIIIe siècle (CSCO vol. 606, Subsidia 116), Louvain.

Martin-Hisard, B., 1996, « L’empire byzantin dans l’œuvre de Łewond », dans L’Arménie et Byzance. Histoire et culture, (Byzantina Sorbonensia – 12), Paris.

 

VIII. Notes


1. Par exemple : J.-P. Mahé, 1996, p. 40-61 et Id, 1992, p. 121-153.

2. Łewond vardapet. Discours historique (désormais cité Łewond vardapet).

3.Պատմաբանութիւն Ղեւոնդեա(յ) մեծի վարդապետի հայոց, որ յաղագս երեւելոյն Մահմետի եւ զկնի նորին թէ որպէս եւ կամ որով աւրինակաւ տիրեցին տիեզերաց, եւս առաւել թէ հայոց ազգիս :  (Patmabanut‘iwn Łewondea(y) meci vardapeti hayoc‘, or yałags ereweloyn Mahmeti ew zkni norin t‘ē orpēs ew kam orov awrinakav tirec‘in tiezerac‘, ews aṙawel t‘ē hayoc‘ azgis). Ce titre est attesté dès le début de la tradition manuscrite au tournant du xiiie et du xive siècle.

4. Voir en dernier lieu l’introduction de Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, p. 263-270. On peut également citer des travaux plus anciens, par exemple J.-P. Mahé,1996, p. 119-126 et B. Martin-Hisard, 1996, p. 135-144.

5. Sur le statut de vardapet voir le chapitre intitulé « La voie des Maîtres : le vardapet », dans A. Mardirossian, 2004, p. 133-139.

6. T. Greenwood, 2012, p. 99-167.

7.Sur cet épisode voir A. et J.-P. Mahé, 2012, p. 104-108.

8.Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 24-26, trad. p. 25-27

9. Le terme employé est celui de Հրովարտակ (Hrovartak) qui désigne en arménien une lettre officielle ou un édit.

10. Pour la présentation de ce statut de dhimmī et sa mise en place lors de la conquête arabe, voir A.-M. Eddé, F. Micheau et C. Picard, 1997, p. 55-60.

11.Le calife écrit : « Si vous ne payez pas tribut » : le verbe est celui de հարկիմ (harkim) qui signifie « servir, payer tribut, mais aussi être forcé, obligé ».

C’est le passif de հարկեմ (harkem) qui signifie « forcer, obliger, rendre tributaire », le tout venant de հարկ (hark) « tribut, impôt, taxe ».

12. Ծառայութիւն (caṙayut‘iwn) : servitude

13. Sebēos, Patmut‘iwn [Histoire], p. 449-565, ici p. 554 : եդին ուխտ ընդ մահու, եւ ընդ դժոխոց կռեցին (edin uxt‘ ǝnd mahu ez ǝnd džoxoc‘ kṙec‘in). La même expression est reprise, plus tard, par Yovhannēs Drasxanakertc‘i, catholicos arménien de 899 à 929, lorsqu’il narre lui aussi le pacte de 652, dans son Patmut‘iwn Hayoc, p. 145 : Զոր տեսեալ Թէոդորոսի եւ այլոցն եւս նախարարաց եւ պակուցեալք յահէ հինինց եկելոց հնազանդեցան ի ծառայութիւն հագարացւոյն, դնելով ուխտ ընդ մահու եւ կռելով դաշինս ընդ դժոխոց (zor teseal T‘ēodorosi ez ayloc‘n ezs naxararac‘ ew pakuc‘ealk‘ yahē hininc‘ ekeloc‘ hnazandec‘an i caṙayut‘iwn hagarac‘woyn, dnelov uxt‘ ǝnd mahu ez kṙelov dašins ǝnd džoxoc‘). Quand T‘ēodoros et les autres naxarar virent cela (les attaques arabes) ils furent frappés d’épouvante devant l’arrivée des brigands et se soumirent à la domination du fils d’Agar, ils firent alliance avec la mort et concluaient un pacte avec l’enfer).

14. Voir la traduction du texte de Sebēos donné dans A. et J.-P. Mahé, 2012, p. 108 : « Voici quel sera mon pacte de paix entre moi et vous, autant d’années que vous le voudrez. Je ne recevrai pas de tribut de vous pendant trois ans ; ensuite vous devrez me donner, sous serment, autant que vous voudrez. Vous tiendrez à ma disposition 15 000 cavaliers de votre pays. Vous les nourrirez sur le pays, et moi, je leur donnerai une solde sur le Trésor public. Je n’emmènerai pas ces cavaliers en Syrie ; mais qu’ils soient prêts à agir partout où il me plaira. Je n’enverrai aucun émir dans vos forteresses et pas de guerriers arabes, ni beaucoup, ni même un seul. Mais aucun ennemi ne devra entrer en Arménie : si les Grecs vous attaquent, j’enverrai des renforts autant que vous voudrez. Je jure par le grand Dieu que je ne mens pas ».

15. Cinquième calife omeyyade (avril/mai 685, mai 705).

16.Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 57-59, trad. p. 56-58.

17. Ibid, éd. p. 27, trad. p. 26

18. Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 29, trad. p. 28.

19. Շինութիւն (šinut‘iwn). Ce terme, très souvent employé dans les sources arméniennes comme synonyme de xałałut‘iwn, n’est jamais utilisé par Łewond dans sa chronique. Ce terme arménien très riche peut signifier construction (Ὀικοδομὴ), sécurité (Ἀσφαλεια) ou encore abondance (Ἐυθηνία). Il est rendu ici par « prospérité » car les deux termes suivants de l’énumération signifient « sécurité » et « plénitude ». Cet exemple montre bien la difficulté à traduire des termes souvent employés dans des énumérations, avec des sens très proches.

20. Խաղաղութիւն (xałałut‘iwn)

21. Յապահովութիւն (hapahovut‘iwn)

22. լրութիւն (lrut‘iwn)

23. Yovhannēs Drasxanakertc‘i, Patmut‘iwn Hayoc‘, cité note 13, p. 412, traduction française Patricia Boisson-Chenorhokian, Histoire d’Arménie, cité note 13, p. 150.

24. A. et J.-P. Mahé, Histoire de l’Arménie (cité note 7), p. 109-111.

25. Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 83, trad. p. 82.

26. Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 107, trad. p. 106 : « Il échangea avec eux des paroles de paix » (եւ խաւսի ընդ նոսա բանիւք խաղաղութեան/ew xawsi ǝnd nosa baniwk‘ xałałut‘ean). On traduirait littéralement par « il parla avec eux avec des paroles de paix ». Le nom est à l’instrumental. L’auteur avait employé la même expression lorsqu’il avait décrit l’ambassade du catholicos Sahak auprès du calife. Les princes arméniens avaient, écrit Łewond, pris des dispositions pour envoyer le prélat afin « d’engager des pourparlers de paix ». On traduit donc ici la même expression avec un sens légèrement différent en fonction du contexte. Mais il s’agit, dans les deux cas, d’une rencontre entre représentants arméniens et arabes.

27. Voir le chapitre intitulé « Une situation spécifique : chrétiens et musulmans en Arménie », dans A.-M. Eddé et all., 1997, p. 77-82 (chapitre rédigé par B. Martin-Hisard). Voir aussi Aram Ter Łewondyan, « Arminiayi ostikanneri žamanakagrut‘yunǝ » (Chronologie des ostikans d’Arménie), 1, p. 117-128. Il compte 121 gouverneurs entre 693 et 882.

28.Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 113, trad. p. 112.

29. Ibid, note 557 p. 112.

30. Ibid, édition, p. 127, traduction p. 126

31. A. et J.-P. Mahé, Histoire de l’Arménie (cité note 7), p. 117-118.

32. Հանդարտել (handartel) : se tenir tranquille, se calmer.

33. կեալ խաղաղութեամբ (keal xałałut‘eamb). Xałałut‘iwn est ici à l’instrumental.

34. Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 169, traduction p. 168.

35. Ibid, p. 280.

36. 2R 18, 31, cité note 318 p. 280.

37. Le terme uxt, qui signifie vœu, souhait, en est venu à prendre, par glissement, deux sens : le premier est celui, qu’il faut comprendre ici de « pacte, traité », le second, très souvent employé dans l’historiographie arménienne pour désigner les communautés monastiques, d’ « ordre, congrégation ».

38. Bernadette Martin-Hisard, Łewond vardapet, édition p. 149, traduction p. 148.

 


Pour citer cet article

I. Augé, "Vivre en paix sous la domination musulmane : analyse du lexique employé par le vardapet Łewond"dans Les mots pour dire la paix dans le Proche-Orient antique et médiéval. Analyses lexicales, sur le site de recherche Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15/5/2017, consulté le 23/10/2021  

Fiche élaborée par Jean-Paul Brachet, Université Paris-Sorbonne

Famille de langue et particularités linguistiques

Langue indo-européenne occidentale, le latin, comme son nom l’indique, fut primitivement la langue de cette petite région d’Italie centrale appelée Latium, à laquelle appartenait, parmi bien d’autres, la cité de Rome. Le latin fait partie d’un ensemble appelé habituellement « langues italiques », qui remonte à un prototype commun, et comprend également les langues osque et ombrienne, ainsi que d’autres idiomes d’attestation plus restreinte. Osque, ombrien et langues proches forment un sous-groupe aux contours nets, qu’on appelle souvent aujourd’hui « langues sabelliques », et qui se distingue clairement du latin par un certain nombre de traits.

Écriture

Les peuples d’Italie ont appris l’écriture alphabétique des Grecs (Eubéens de Chalcis établis à Pithécusse et Cumes). Il s’agit de l’alphabet de type « chalcidien », dans lequel <X> note le groupe /ks/, et non l’aspirée /kh/. Les Étrusques les premiers (dès av. 700), puis les autres peuples d’Italie (7e s. pour Latium et ager Faliscus, 6e-5e ailleurs) on adopté et adapté l’alphabet grec. Dans le cas des Latins, des indices non douteux montrent que les Étrusques ont servi d’intermédiaires. L’alphabet à 20 signes (enrichi plus tard de quelques unités) est fixé dès les plus anciens documents notés en latin.

Étendue chronologique et géographique

Le latin est attesté épigraphiquement à partir du 7e-6e s. av. n. è., mais, avant les premiers textes littéraires, au 3e s. av. n è., nous ne disposons que de quelques dizaines d’inscriptions plutôt brèves. La langue littéraire se fixe au 1er s. av. n. è., au temps de Cicéron et César, et cette norme, malgré quelques évolutions assez limitées, subsiste jusqu’à l’époque tardive, voire encore au delà. Les déviations par rapport à la norme écrite sont limitées à l’épigraphie, elles n’affleurent jamais dans les textes littéraires avant le 5e voire le 6e s. de n. è. Le latin connaît une expansion continue dès lors que Rome eut commencé à conquérir l’Italie au delà des limites du Latium, dès le 4e s. av. notre ère. On notera que les Romains n’ont jamais eu de véritable « politique linguistique » ; ils n’ont jamais tenté d’imposer leur langue aux populations soumises, dont les élites, généralement favorables à la domination romaine, se sont mises à l’apprendre progressivement, avant qu’il ne se répande dans les couches sociales plus modestes. Le bilinguisme a été la règle dans un premier temps dans les couches sociales les plus élevées, et dans beaucoup d’autres catégories pour lesquelles la connaissance du latin était indispensable pour réaliser leurs activités (que l’on songe aux commerçants par exemple). Le latin était en outre la langue du droit, de l’administration et de l’armée. Néanmoins, dans la partie orientale de l’empire, le grec est resté la langue de la culture et de la communication.

Le latin survit en tant que tel jusqu’à l’époque carolingienne, dans la quasi totalité de l’ex-empire romain, puis il se perpétue sous la forme des langues romanes, la limite chronologique étant évidemment impossible à fixer autrement que de manière arbitraire.

Une fois supplanté comme langue vernaculaire, le latin subsiste, figé à peu près sous sa forme classique, comme langue de l’Église catholique romaine et des savants de toute l’Europe, et cela pour de nombreux siècles encore.

Vecteurs de rayonnement culturel

Le latin est indissociable de la diffusion de la culture gréco-romaine dans l’Empire romain, au moins dans sa partie occidentale, et, une fois l’Empire disloqué, dans ce qui sera l’Europe. Il devient également la langue de l’Église catholique romaine. On peut même dire que le latin est la langue qui a servi de support au développement de la civilisation européenne dans tous les domaines.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix

Étudier les désignations de la paix chez les Romains oblige à se replacer dans l’histoire générale de Rome, cité foncièrement conquérante qui n’a cessé d’étendre sa domination sur des peuples d’abord voisins puis de moins en moins proches. La « paix », pax, pour les Romains, est inégalitaire, c’est en fait leur domination acceptée par les vaincus, qui reconnaissent généralement leur soumission en concluant un « pacte », foedus, avec leurs vainqueurs.

Les Romains ont connu également la « guerre entre citoyens », le bellum ciuile — expression que décalque « guerre civile ». Pour l’éviter, et maintenir la pax à l’intérieur, il faut préserver la concordia entre les composantes de la société.

Les « mots de la paix » que nous retiendrons seront donc pax, foedus, concordia. Pour les étudier, nous mettrons à contribution les œuvres des historiens, particulièrement Tite-Live, qui offrent de nombreuses attestations des mots, mais aussi les autres écrivains sans exclusive.

Bibliographie

• Ernout, Alfred, et Meillet, Antoine. Dictionnaire étymologique de la langue latine. 4e éd. 1959, 4e tirage revu par Jacques André, Paris, Klincksieck, 1985.
• Leonhardt, Jürgen. La grande histoire du latin. Des origines à nos jours. Paris, CNRS Éditions, 2010 (trad. fr. de Latein. Geschichte einer Weltsprache, Munich, Beck, 2009).
Oxford Latin Dictionary. Sous la direction de P. G. W. Glare, Oxford University Press, 1968-1982.
• Article pax dans Dictionnaire Historique et Encyclopédie Linguistique du Latin, http://www.linglat.paris-sorbonne.fr/dictionnaire:pax

To cite this article

Jean-Paul Brachet, "Latin", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 11/08/2016, consulté le 23/10/2021.

Une de nos intentions est de produire une base de données en ligne contenant les termes que nous avons repérés concernant la terminologie de la paix dans toutes les langues que nous nous proposons d’étudier. Dans le même temps, il s’agit d’analyser leurs référents, compris grâce à l’étude de l’usage des termes dans des textes-clés. Cette base de données va offrir des possibilités d’interrogations, permettant aux utilisateurs d’explorer le concept de paix par langue, par référent, par tradition culturelle, par date, par aire géographique, etc. Cette base de données intégrée et multilingue donnera l’occasion de générer de nouvelles idées et hypothèses à propos du développement, de la transmission et des frontières des concepts spécifiques à chaque culture concernant la paix.

Cette base de données est divisée en deux tables connectées, chacune contenant sa propre série d’entrées. La première, « lemmata », est une liste des termes identifiés par les chercheurs comme ayant à voir avec le concept de paix. Pour chaque terme, une fiche est produite sous forme de notice de dictionnaire. Il est écrit à la fois dans son écriture originelle et en caractères latins. Cette table fonctionne comme la base d’un dictionnaire, avec une définition, une brève discussion sur son étymologie et sur les termes parents, une bibliographie et des notes sur son rôle en tant que terme signifiant « paix » ou des concepts avoisinant.

La seconde table, qui génèrera plus de fiches, donne les citations, des extraits des textes dans lesquels on a relevé les termes. À côté des informations sur le texte même, comme sa date d’écriture et/ou de composition, son support (papyrus, parchemin, inscription sur pierre…), le type de texte (poème, texte littéraire, déclaration officielle, texte administratif…), son contexte géographique et historique, etc., cette table propose une rubrique pour le cotexte en langue et écriture originale, et sa traduction en anglais. L’inclusion d’une rubrique « référent » est importante pour comprendre le signifiant de chaque terme de ce champ lexical. Si un terme donné est traduit par l’unique mot « paix », il peut néanmoins avoir des référents différents, voire antinomiques, ainsi, la « conciliation », dans le cadre d’une négociation, ou, à l’inverse, la « pacification », dans le cadre d’un système politique de type colonial.

Les deux tables sont reliées dans un système dynamique par les termes eux-mêmes qui en sont les entrées marquantes. Cela permet que la base de données globalise automatiquement les données saisies, afin de créer de brefs résumés facilitant des aperçus et des analyses rapides. En plus des informations saisies directement, la table lemmata en contient aussi sur la provenance de toutes les références.
Les liens entre les deux tables permettent aux chercheurs de notre équipe de recherche comme aux utilisateurs extérieurs d’explorer des notices plus en profondeur.

À côté d’un rapide aperçu facilité par les résumés dans la table « lemmata », le format de la base de données nous permet de réaliser des recherches plus poussées sur un ou plusieurs champs. Cette fonctionnalité perdurera une fois rendue accessible au public, sur notre site. L’insertion de champs donnant la date, la tradition culturelle (« Athénien », « Spartiate », « chrétien orthodoxe », « musulman », « gnostique »…), référent, etc., permettra aux utilisateurs de rechercher des modèles au-delà de ceux fournis dans les bases de données portant sur une seule langue. Ainsi, il pourront comparer le mot « paix », employé dans la Bible, en hébreu, et ses traductions en grec (la Septante) et latin (la Vulgate) ou dans les textes documentaires d’Égypte du IXe siècle en grec, copte et arabe.

Il sera aussi possible de comparer les termes de différentes langues pour un référent commun comme « réconciliation », « traité », « pacification » et ainsi de suite. Ceci est conçu comme un processus exploratoire dynamique et, à chaque étape, la liste des attestations fournira des réponses tangibles à des questions plus théoriques en fournissant des témoignages des termes en usage pour clarifier ce qui est signifié par chaque référent.

Une fois la base de données assez largement incrémentée, les textes qu’on y aura déposé pourront faire l’objet d’analyses plus poussées : colocation, tables de réseaux sémantiques, etc. Et, bien que le pouvoir de la base de poser des questions pertinentes dépende du nombre de textes saisis dans chaque langue, on conviendra que, même un nombre modeste de textes représentatifs, pourra satisfaire ses besoins de base.

 

Fiche élaborée par Noemi Borrelli, université de Naples "L'Orientale"

Famille de langues et particularités linguistiques

Le sumérien (eme-gi7 « la langue maternelle ») est une langue isolée, pour laquelle aucune relation satisfaisante à aucune langue connue n'a encore été trouvée. Elle est considérée comme une langue agglutinante avec une construction de ergative et une prédominance de mots monosyllabiques (Jagersma 2010).

Écriture

La première attestation de l'écriture cunéiforme remonte à la fin du ive millénaire avant notre ère. Cette écriture a une structure logo-syllabique : un système mixte de logogrammes (signes  correspondant à des mots) et de phonogrammes (signes sonores), celui-ci attesté seulement dans un deuxième temps.

Les signes cunéiformes qui, en sumérien et en akkadien ont généralement une valeur syllabique, ont un usage polyvalent : un seul signe peut avoir à la fois un une lecture logographique et phonographique. Une association sémantique a donné une direction au développement écrit, cela ayant comme conséquence directe le phénomène de la polysémie qui est l'un des principes de base de l'écriture cunéiforme. Un logogramme peut ainsi acquérir une nouvelle valeur logographique, non seulement par l'association de sens, mais aussi par des similitudes sonores. Par conséquent, différents signes peuvent partager la même valeur phonétique.

Il arrive que certains signes peuvent également travailler comme classificateurs sémantiques ou, moins fréquemment, et cela beaucoup plus tard, en tant que compléments phonétiques. Ces classificateurs, qui n’étaient pas réellement lus, sont par ailleurs connus en assyriologie comme des déterminatifs.
En raison et malgré la lourdeur de son système qui offre néanmoins une certaine souplesse, l'écriture cunéiforme a été utilisée durant plus de trois millénaires et dans un horizon géographique qui s’étendait de l'ancien Iran au Levant et de l'Égypte à l'Anatolie. Beaucoup de langues ont adopté le système cunéiforme, quelle que soit leur nature, leur grammaire ou de leur famille de langues. Sumérien et akkadien, élamite et vieux-perse, hourrite et hittite, ougaritique et éblaïte eurent comme terrain commun l’écriture cunéiforme.

Extension chronologique et géographique

La première attestation de la langue sumérienne a été datée de 3100 BCE, peu après que  les premiers pictogrammes cunéiformes sont apparus. Même si, en arrière-plan de ces pictogrammes, la structure de la langue ne peut pas être identifiée, en raison de l'absence de morphèmes grammaticaux (mots à fonction), il est tout à fait possible de repérer qu’il s’agit de sumérien (Michalowski 1996).

L'écriture cunéiforme, et donc les langues sumérienne et akkadienne, ont persisté dans les milieux religieux et ceux des scribes jusqu'à la période séleucide, un moment où l'araméen avait depuis longtemps remplacé l'akkadien comme langue parlée et écrite et où le grec était employé comme outil administratif. En effet, le dernier lot de tablettes cunéiformes appelées gréco-babyloniennes a été produit à Babylone entre le ier s. BCE et le ier s. CE. Le gréco-babylonien a enregistré des compositions rituelles et religieuses écrites en akkadien et en sumérien sur l'avers, avec une translittération en caractères grecs sur le revers (Westenholz 2007; Geller, 1997).

Évolution de la  langue, différences idiomatiques

L’évolution du sumérien suit grosso mode cette classification :

• 3100-2600 BCE : sumérien archaïque 
• 2600-2300 BCE : ancien / sumérien/ sumérien "classique" 
• 2300-2000 BCE : néo-sumérien 
• 2000-1700 BCE : sumérien tardif 
• 1700 BCE - 100 CE : sumérien postérieur

Dans la seconde moitié du iiie millénaire, deux dialectes du sumérien peuvent être distingués : celui du nord et celui du sud, qui diffèrent l’un de l'autre par des règles, comme celles de l'harmonie vocalique ou la construction du passif. En outre, un autre dialecte a été identifié : l’emesal,  ou « langue élégante », utilisé uniquement dans des contextes littéraires et cultuels de la période du vieux babylonien.  Au xixe s., le sumérien est une langue morte ; il n’est plus parlé. À partir de cette époque, il a été utilisé comme langue écrite et a été transmis exclusivement dans des contextes cultuels et dans les milieux lettrés qui ont fourni des traductions en akkadien. Dans les textes postérieurs, en raison de la méconnaissance de la langue sumérienne, on a pu constater plusieurs erreurs, à la fois  dans la grammaire et dans l'écriture.

Valeur symbolique et vecteurs d'influences culturelles

L’écriture  cunéiforme a été le premier vecteur et fut avant tout responsable de la survivance du sumérien puisque la culture mésopotamienne était avant tout un conservatoire. L’incessante tentative, que les scribes ont réalisée pendant plusieurs siècles, a sauvé le sumérien de l'oubli et l’ont conservé grâce à une activité de copie incessante des textes existants. De fait, notre compréhension de la langue sumérienne doit beaucoup à l'akkadien : c’est de la connaissance de cette langue que le sumérien a pu être appréhendé.

Cependant, la relation entre le sumérien et l’akkadien était active, aussi loin que les attestations textuelles permettent de se représenter que, depuis le iiie millénaire, le sumérien et l’akkadien sont entrés en contact et ont créé une sorte de symbiose mutuelle à la fois des cultures et des langues. Le contexte bilingue né de cette interaction a conduit à des phénomènes tels que les emprunts et la convergence dans les champs lexicaux, morphologiques, syntaxiques et phonologiques, de chaque côté.

Etre passé par les écoles de scribes et par des œuvres aussi fondamentales que les compositions littéraires a profondément enraciné le sumérien dans la culture akkadienne. Grâce à ce syncrétisme, l'influence culturelle que l’akkadien a exercé des siècles durant sur les aires environnantes a nécessairement contribué à transmettre l'héritage sumérien.

Suite à ces considérations, il apparaît que toute analyse portant sur le sumérien doit inévitablement impliquer des références à l'akkadien.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix et outils de travail

Outils de travail

  • Electronic Pennsylvania Sumerian Dictionary
  • J.A. Halloran, Sumerian Lexicon: A Dictionary Guide to the Ancient Sumerian Language, Los Angeles, Logogram Publishing, 2006.
  • Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, Berlin-New York, De Gruyter, 1928-.

Sources historiques

  • Textes littéraires (textes narratifs, inscriptions royales, mythes, hymnes, lamentations)
  • Correspondance épistolaire
  • Textes techniques (augures, rituels, incantations, exorcismes)

Il est à noter que toutes les catégories de textes mentionnées ci-dessus ne peuvent fournir la même quantité ou les mêmes types de données, ni offrir un continuum homogène dans leur distribution.
Une distinction préliminaire entre un concept politique de paix et un autre, plus « spirituel », peut être repéré dans les différents corpus, surtout lorsque l’on réalise une comparaison entre les domaines de l’akkadien et du sumérien. Lors de la prochaine étape, on examinera comment ces nuances dans le sens de la paix sont reflétées dans le lexique.

Bibliographie

  • Cooper J., 1996. “Sumerian and Akkadian” in P.T. Daniels-W. Bright (eds), The World’s Writing Systems, New York-Oxford, Oxford University Press: 37-56
  • Fales M.F., 2008. “On Pax Assyriaca in the Eighth–Seventh Centuries BCE and Its Implications,” in R. Cohen, R. Westbrook (eds), Isaiah’s Vision of Peace in Biblical and Modern International Relations, New York, Palgrave Macmillan: 17-35.
  • — 2010. Guerre et paix en Assyrie: Religion et impérialisme. Les Conférences de l’École Pratique des Hautes Études, Paris, Cerf.
  • Geller M., 1997. “The Last Wedge” in Zeitschrift für Assyriologie und Vorderasiatische Archäologie, vol. 87 issue 1, Berlin-New York, De Gruyter: 43-95.
  • Jagersma B., 2010. A Descriptive Grammar of Sumerian. Leiden. [With a comprehensive discussion about previous grammars].
  • Liverani M., 1994. Guerra e diplomazia nell'Antico Oriente, 1600-1100 a.C., Roma-Bari, Laterza.
  • Michalowski P., 2004. "Sumerian", in Roger Woodward (ed.), The Cambridge Encyclopedia of the World's Ancient Languages, Cambridge, Cambridge University Press: 19-59.
  • Michalowski P., 1996. “Origin” in P.T. Daniels-W. Bright (eds), The World’s Writing Systems, New York-Oxford, Oxford University Press: 33-36.
  • Neumann H. et al. (Hrsg.), 2014. Krieg und Frieden im Alten Vorderasien. 52e Rencontre Assyriologique Internationale. International Congress of Assyriology and Near eastern Archaelogy (Münster, 17.–21. Juli 2006). Alter Orient und Altes Testament, Band 401, Münster, Ugarit-Verlag.
  • Oded B., 1992. War, Peace and Empire: Justifications for War in Assyrian Royal Inscriptions, Wiesbaden, Dr. Ludwig Reichert Verlag.
  • Perani M. (ed.), 2005. Guerra santa, guerra e pace dal Vicino Oriente antico alle tradizioni ebraica, cristiana e islamica: Atti del convegno internazionale, Ravenna 11 maggio-Bertinoro 12-13 maggio, 2004, Firenze, Giuntina.
  • Reallexikon der Assyriologie und Vorderasiatischen Archäologie, Berlin-New York, De Gruyter, 1928-.
  • Vidal J. (ed.), 2010. Studies on War in the Ancient Near East. Collected Essays on Military History, Alter Orient und Altes Testament, Band 372, Münster, Ugarit-Verlag
  • Westenholz A., 2007. “The Graeco-Babyloniaca Once Again.” Zeitschrift für Assyriologie und Vorderasiatische Archäologie, vol. 97, issue 2, Berlin-New York, De Gruyter: 262-313.

To cite this article

Noemi Borrelli, "Sumérien", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 14/04/2016, consulté le 23/10/2021.

Fiche élaborée par Michele Bernardini, University of Naples, L’Orientale

Famille de langue et particularités linguistiques

La langue néo-persane (zabān-e fārsī) représente la dernière évolution du persan, langue iranienne qui a eu une longue évolution historique depuis l’époque achéménide (VIe-IVe siècle A.C., vieux-perse) et l’époque sassanide (IIIe-VIIe siècle A.C., moyen perse ou pahlavī). La langue néo-persane (à partir du IXe&nbsp;siècle) se caractérise par l’adoption de l’alphabet arabe, avec l’adjonction de quatre nouvelles lettres. Les premiers témoignages de cette langue apparaissent dans le Khorassan historique, bien que son développement se vérifie dans différentes régions de l’Iran actuel, en particulier dans le Fārs (sud-ouest de l’Iran actuel). Aujourd’hui le persan est codifié par une ample variété linguistique, incluant les variantes tadjike (au Tadjikistan) et Dārī (en Afghanistan).

Écriture

L’écriture néo-persane est alphabétique, elle prévoit un système de vocalisation qui suit l’alphabet arabe bien qu’avec une variation substantielle dans l’usage des voyelles (six). Différentes consonnes du néo-persan, surtout dans les emprunts arabes, ont perdu leur valeur phonétique originelle et sont aujourd’hui homophones.

Les premiers témoignages littéraires du néo-persan apparaissent dès le IXe siècle, bien qu’une survivance du vieux et du moyen-persan persiste dans les textes religieux zoroastriens et manichéens de l’époque islamique. On signale aussi la présence du judéo-persan, écrit en caractères hébreux.

Étendue chronologique et géographique

Dans la littérature d’expression néo-persane, différents éléments de la littérature arabe ont été inclus, en particulier dans la poésie où l’utilisation de la qasīde, est un héritage direct du modèle arabe, avec, dès le Xe siècle, l’adoption de la métrique « khalilienne ».

Cela dit, des formes autochtones apparaissent dès le début, c’est le cas du quatrain (do-beyt ou robā‘ī) et surtout du mathnavī, ce dernier utilisé pour des poèmes épiques, caractérisés par l’usage de distiques proposant des rimes à l’intérieur du vers. Le Shāhnāme de Ferdowsī (fin Xe-début XIe siècle) représente le premier témoignage de ce genre littéraire.

Généralement les historiens de la littérature néo-persane ont individualisé trois phases différentes pour la diffusion du néo-persan « classique » :

  • le style khorassanien correspondant aux premiers témoignages de cette langue dans le nord-est de l’Iran actuel, dans l’Afghanistan et en Transoxiane ;
  • le style irakien, développé surtout dans le sud-ouest de l’Iran en particulier à Shiraz jusqu’à l’invasion mongole (XIIIe siècle) ;
  • enfin le style indien qui fut utilisé dans tout l’Iran et en dehors de l’Iran principalement en Inde, jusqu’au XIXe siècle.

Bien qu’utile, cette périodisation ne manque pas d’exceptions.

Valeur symbolique

Le néo-persan devint bientôt le véhicule pour la transmission d’une longue tradition culturelle que la conquête musulmane avait partiellement mise à l’écart. Si, d’un côté, les Persans firent un large usage de l’arabe, surtout dans les premiers siècles qui suivirent l’occupation islamique – comme l’attestent de nombreux ouvrages à sujet religieux, historiographique, géographique, scientifique et même littéraire –, d’un autre côté, le persan devint bientôt, surtout grâce au Shāhnāme, le véhicule d’une tradition autochtone qui se référait au passé sassanide. Cela dit les études récentes, on réévalué ce caractère national du langage : on notera en effet que le persan eut un rapport en quelque manière « dialectique », d’abord avec l’arabe, puis avec le turc, adoptant de nombreux éléments du lexique de chacune de ses langues.

La question qui se pose est plutôt celle de la diffusion du néo-persan en dehors de l’Iran actuel. On notera son utilisation en Asie centrale, en Inde et même en Anatolie et au Moyen Orient pendant plusieurs siècles. Dans ces cas, le persan devint une langue de cour importante avec laquelle on écrivait des traités historiques et de la poésie, ainsi que d’autres ouvrages. On l’utilisa largement dans l’empire ottoman, chez les moghols et enfin dans d’autres cours mineures de régions plus éloignées.

Objectif de la recherche

L’objet final de la recherche lexicographique consiste à cerner un ensemble conceptuel de la notion de paix, pertinent pour le monde iranien. Si la terminologie concernant la guerre peut se dire munie d’un vocabulaire richissime et très explicite, la même chose ne se vérifie pas pour ce qui concerne la paix, concept bien plus évanescent. D’un côté on remarquera que ce concept doit être spécifié dans différentes sphères sémantiques, telles celle des discours officiels (paix politique, paix sociale), et celle de la vie quotidienne (l’harmonie entre les êtres), ainsi que celle de la religion (la paix intérieure, la paix spirituelle).

En ce qui concerne la vie politique et sociale, les textes contenant des termes relevant du lexique de la paix sont les traités de paix et les correspondances diplomatiques. Les documents de l’historiographie officielle proposent des descriptions des périodes de paix.

En ce qui concerne la paix comme facteur individuel la recherche devra recourir plutôt à la littérature poétique et aux (rares) descriptions de caractère existentiel présentes dans la prose.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix

Pour ce qui concerne le lexique de la paix, la recherche sera concentrée sur certains ouvrages principaux en distinguant la terminologie arabe, principalement transmise par le Coran et la littérature religieuse, de la terminologie propre du néo-persan. Un bon point de départ sera le lexique employé par le Shāhnāme et la littérature classique. Pour ce faire on utilisera deux ouvrages principalement :

  • Wolff, Fritz, Glossar zu Firdosis Schahname, Verskonkordanz der Schahname-Ausgaben von Macan, Vullers und Mohl, Berlin 1935.
  • Shāhnāmah/The Shahnameh (The Book of kings) by Abū al-Qāsim Firdawsī ; éds. Jalāl Khāliqī Muṭlaq - Abū al-Faḍl H̱aṭībī, Maḥmūd Omīdsālār, 8 vols. Costa Mesa-New York, 1997-2008.
  • On fera ainsi référence aux dictionnaires classiques de la langue persane, principalement au ‘Alī Akbar Dehkhodā, Loghatnāme, différentes editions et volumes. Aujourd’hui en ligne http://www.loghatnaameh.org/

On utilisera différents dictionnaires historiques, comme

  • ‘Alī Ibn Aḥmad Asadī Ṭūsī, Loghat-e fors, éd. Moḥammad Dabīr Siyāqī, Téhéran, 1957.
  • Muḥammad Qāsem ibn Muḥammad Kāshānī Sorūrī, Farhang-e Majma‘ al-Furs, éd. Moḥammad Dabīr Siyāqī, Téhéran, 1959.
  • Mīr Jamāl ad-Dīn Ḥosayn Ibn Fakhr ad-Dīn Ḥasan Injū Shīrāzī, ‘Afīfī, Farhang-e Jahāngīrī, Mashhad, 1972-1975.

On emploiera bien entendu aussi des dictionnaires modernes :

  • Steingass, Francis Joseph, A comprehensive Persian-English dictionary including the Arabic words and phrases to be met with in Persian literature, London 1930.
  • Lazard, Gilbert, Dictionnaire persan-français / par Gilbert Lazard. Avec l'assistance de Mehdi Ghavam-Nejad, Leiden, 1990.
  • Vullers, Johann August, Lexicon Persico-Latinum etymologicum accedit appendix vocum dialecti antiquioris, Zend et Pazend dictae; Bonn, 1855.
  • Mo’īn Moḥammad, Farhang-e Fārsī, 6 vols., Téhéran 1992-1996.

On fera référence à d’autres volumes sur le lexique, en particulier aux 4 volumes de :

  • Doerfer, Gerhard, Türkische und mongolische Elemente im Neupersischen, unter besonderer Berücksichtigung älterer neupersischer Geschichtsquellen, vor allem der Mongolen- und Timuridenzeit, 4 vols., Wiesbaden, 1963-1975.

     

Pour citer cet article

M. Bernardini, "La langue persanne", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15 octobre 2015 (consulté le jj/mm/aaaa)

URL : http://www.islam-medieval.cnrs.fr/Joomla/index.php/fr/persan

Fiche réalisée par M.-D . Even (CNRS), Groupe Sociétés, Religions, Laïcités (EPHE/CNRS)

Famille de langue et particularités linguistiques

Le mongol fait partie des langues dites altaïques, subdivisées en trois branches principales : turque, mongole et toungouse-mandchoue. Les populations parlant ces langues sont établies sur une large bande eurasiatique allant de l’Anatolie et la Russie méridionale à l’ouest, à la Mandchourie et l’Extrême-Orient russe à l’est.

Au vu des éléments morphologiques, syntaxiques et lexicaux communs entre ces langues, mais également des correspondances phonétiques régulières démontrant que certaines similarités ne résultaient pas d’emprunts mais indiquaient une ancienne langue commune, d’éminents linguistes (G.J. Ramstedt, N. Poppe, J.C. Street, T. Tekin, S. Starostin, D. Tömörtogoo) ont été convaincus de leur affinité génétique, ou l’ont considérée comme possible mais devant être mieux corroborée (L. Ligeti, A. Benzing). D’autres spécialistes (J. Janhunen, S. Georg, A. Vovin) continuent à la rejeter, à la suite de G. Clauson et de G. Doerfer qui ne voyaient dans les éléments communs que le résultat de contacts et d’emprunts.

Les similarités du coréen et du japonais avec les langues altaïques ont été notées mais une affinité avec ces dernières n’a pas été démontrée de façon convaincante.

Les langues altaïques sont généralement caractérisées, sur le plan phonologique, par l’harmonie vocalique et l’opposition de longueur des phonèmes vocaliques ; sur le plan morphologique, par l’agglutination (formation des mots par suffixation), et sur le plan syntaxique, par un ordre des mots de type SOV et la règle du déterminant précédant le déterminé.

Écritures

L’écriture ouïgouro-mongole

La plus ancienne trace écrite du mongol est la « pierre de Gengis khan », datant de 1225 : cinq lignes gravées en écriture ouïgouro-mongole célébrant l’exploit d’un neveu de Gengis lors d’un concours de tir à l’arc. Découverte en Sibérie méridionale, elle est aujourd’hui au musée de l’Ermitage.

Les Ouïgours avaient succédé aux Türks en Mongolie (744-840) et s’étaient ensuite sédentarisés dans la région de Turfan où ils avaient emprunté et adapté l’écriture sogdienne, dérivée de l’araméen via le syriaque. La langue des Sogdiens, peuple iranien aux puissants réseaux marchands, servait de lingua franca en Asie centrale dans de commerce ainsi que dans la diffusion du manichéisme, du bouddhisme et du christianisme en Chine et dans les khanats des steppes. Les sources chinoises indiquent que c’est à un chancelier ouïgour du khanat des Naiman, partiellement chrétien, que Gengis Khan ordonna en 1204 d’enseigner l’écriture ouïgoure à ses fils, ce qui a conduit à penser que l’alphabet ouïgour avait été emprunté à cette date.

Néanmoins, l’usage de l’écriture ouïgoure pour noter le mongol est antérieur d’au moins un ou deux siècles : en effet, au XIIIe siècle, cette écriture a des règles stables et elle reflète un état de langue plus ancien. Des spécialistes (Ts. Shagdarsürüng) avancent l’hypothèse qu’elle aurait été transmise directement par les Sogdiens à l’un des peuples mongolophones des steppes.

L’écriture ouïgouro-mongole s’écrit, à la différence du sogdien, de haut en bas et de droite à gauche. Elle ne se distingue pas ou peu de l’écriture ouïgoure jusqu’au XVIe siècle, puis elle développe des caractéristiques propres, en particulier à la suite de l’importante (re-)conversion des élites au bouddhisme fin du XVIe, début du XVIIe siècle. Elle reste à ce jour l’écriture officielle des Mongols de Chine et a été utilisée en Mongolie jusqu’à l’adoption d’un alphabet cyrillique en 1941-1946.

De l’écriture ouïgouro-mongole dérivent :

  • l’écriture oïrate, dite « claire » (todo üseg), développée par le lama Zaya Pandita en 1648 pour les Mongols occidentaux (préservée par les Kalmouks de la Volga jusqu’à la révolution de 1917, par les Oïrates de l’ouest de la Mongolie jusqu’aux années 1940, et par les Oïrates de l’actuel Xinjiang jusqu’aux années 1990 quand ils furent contraints de passer au ouïgouro-mongol).
  • et l’écriture mandchoue : le mandchou a d’abord été écrit directement en ouïgouro-mongol (1599), puis on y a ajouté des signes diacritiques (1632, écriture mandchoue proprement dite).

L’alphabet ’phags-pa

Fidèle à la tradition des conquérants des steppes qui les avaient précédés en territoire chinois (Tangoutes/Xi Xia, Khitans/Liao, Jurchen/Jin), Khubilai souhaita introduire un alphabet « national » qui pourrait noter les principales langues de son empire, tâche qu’il confia à son chapelain tibétain, ’Phags-pa (son titre) : ce dernier créa une écriture syllabique inspirée de l’écriture tibétaine tout en s’écrivant verticalement et en suivant certains principes du ouïgouro-mongol. Cette écriture, également dite « carrée », a surtout été utilisée par les Mongols durant leur règne en Chine (Yuan, 1279-1368), généralement pour des documents officiels, édits, sceaux, stèles.

Étendue chronologique et géographique

N. Poppe (1965, 1976) distingue trois stades principaux de développement du mongol :

  1. L’ancien mongol (jusqu’au XIIe s.), pour lequel nous n’avons pas de matériel linguistique direct, mais les dialectes toungouso-mandchous, présentent un matériel relativement abondant de mots qui sont clairement des emprunts à l’ancien mongol, et que certains dialectes isolés ont parfois préservé. On sait ainsi qu’il possédait un *p initial devenu f (cf. le f des mots empruntés à l’ancien mongol par le mandchou, et que subsistaient les occlusives intervocaliques *b, *g et *γ.

    Une étape déjà avancée de cet ancien mongol est reflétée par la langue de l’écriture ouïgouro-mongole où les initiales *p et *f sont déjà devenues h (que l’écriture ne notait pas, mais elle est présente en moyen-mongol noté en écriture ’phags-pa, plus précise, ou en transcription phonétique dans des sources étrangères).

    Exemples :

    • ancien mo. *ujapūr ‘origine’ > mandchou fujuri, écriture ouïg-mong. ijaγur, moyen-mongol hija’ur ;
    • ancien mo. *kebēr ‘steppe’ > évenke kewer ‘prairie’, écriture ouïg.-mong. keger, moyen-mongol ke’er
    • ancien mo. *adugūn ‘troupeau de chevaux’ > évenke adugun, écriture ouïg.-mong aduγun, moyen-mongol adu’un.
  2. Le moyen-mongol ou mongol médiéval est le mongol parlé du XIIe au XV-XVIe siècle. Il comprend au moins trois dialectes :

    • le dialecte oriental, qui a donné le bouriate et le mongol moderne ; il est représenté par la langue de l’Histoire secrète des Mongols, écrite en mongol dans la première moitié du XIIIe s. et qui fut notée phonétiquement en caractères chinois au début des Ming (1368-1644), par le glossaire sino-mongol Hua-yi yi-yu de 1389, et par les textes et inscriptions notés en écriture ‘phags-pa ;
    • le dialecte occidental, ancêtre du mogol d’Afghanistan et de l’oïrate, qui est principalement représenté par le mongol des glossaires arabe-mongols et persan-mongols des XIIIe-XIVe siècles tel le Mukaddimat al-Adab ;
    • le dialecte méridional d’où sont issus le dagour de Mandchourie, le monguor et le dongxiang de la frontière Gansu-Qinghai ; il n’a pas laissé de traces écrites. La principale caractéristique du moyen-mongol est la préservation de l’initiale h, voire parfois du f < *p, et la disparition des *b, *g et intervocaliques ont disparu : cf. aula < *aγula ‘montagne’ ; ima’an < *imagān.
  3. Le mongol moderne (à partir du XVIe siècle), avec les dialectes mongols actuels, caractérisés entre autres par la contraction en une voyelle longue des voyelles qui étaient séparées par une consonne intervocalique se sont contractées en voyelle longue : cf. ūla < aula ; yamā > ima’an

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix

Sources mongoles :

  • Chroniques mongoles préservées par les gengiskhanides (Histoire secrète des Mongols) mais également parties de chroniques mongoles plus tardives qui intègrent des éléments pris dans des chroniques disparues (l’exemple le plus remarquable en est l’Altan Tobci, qui a permis de retrouver, avec des variantes, une grande partie de l’Histoire secrète dont l’original mongol avait été perdu) ;
  • lettres adressées par des souverains ou seigneurs mongols, correspondance diplomatique, édits, inscriptions commémoratives sur stèles ;
  • glossaires bilingues ;
  • descriptions, relations de voyage, histoires rédigées (en persan et chinois principalement) : envoyés chinois (Peng Daxia, Zhang Dehui), relations écrites par les missionnaires des souverains européens, Plan Carpin, et Rubrouck en particulier ; l’histoire rédigée par Juvaini, qui a visité Kharakhorum au milieu du XIVe siècle, mais aussi de Rashid ad-Din, plus tardive mais dont les sources orales et écrites mongoles sont exceptionnelles et apportent de nombreuses informations ; sources chinoises : ‘Histoire des campagnes de Gengis khan’, traduite d’un original mongol, Histoire de la dynastie Yuan (Yuan shi) qui s’appuie sur les pratiques historiographiques chinoises et les documents accumulés sous la dynastie mongole des Yuan.

Bibliographie

  • Denise Aigle, The Mongol Empire Between Myth and Reality. Historic Anthropological Studies, Leiden, Brill, 2014
  • Bonvini E., Busuttil J. Peyraube A. (dir.), Dictionnaire des langues, Quadrige/PUF, 2011 Cleaves, F. W. : entre autres plusieurs articles sur diverses inscriptions sino-mongoles sur stèles de 1362, 1335, 1338, 1346, 1240, 1348, respectivement parus dans le Harvard Journal of Asian Studies, vol. 12, 13, 14,15, 23
  • Doerfer G., Türkische und mongolische Elemente im Neupersischen, I-IV, Wiesbaden, 1963-1975
  • Juvaini, ‘Ala’al-Din ‘Ata-Malik, History of the World-Conqueror, translated by John Boyle from the text of Mizra Muhammad Qazvini, 2 vols., Manchester, Manchester University Press, 1958 (réédité avec une introduction de D. Morgan, Seattle, University of Washington Press, 1997)
  • Kotwicz W., Les Mongols, promoteurs de l’idée de paix universelle au début du XIIIe siècle, Rocznik Orientalisttyczny 16, 1950, pp. 199-204
  • Ligeti, L., Un vocabulaire mongol d’Istanbul, Acta Orientalia Hungarica 14, 1962, pp. 3-99
  • Lewicki, M., La langue mongole des transcriptions chinoises du XIVe siècle, le Hua-yi yi-yu de 1389, Wroclaw 1949 (I) et 1959 (II)
  • — Les inscriptions mongoles en écriture carrée, Collectanea Orientalia, 12, Wilno, 1937 Mostaert, A., Le matériel mongol du Houa i i iu de Hong-ou (1389), Bruxelles, I (1977) et II (1995)
  • Mostaert, A, F.W. Cleaves, Les lettres de 1289 et 1305 des Ilkhans Argun et Oljeïtü à Philippe le Bel, Cambridge, 1962
  • Pelliot, P., Les Mongols et la Papauté, Revue de l’Orient Chrétien, 23, 1922-1923
  • Poppe, N., Mongols’ksii slovar’ Mukaddimat al-Adab, parts 1-III, Moscou-Leningrad, 1938-1939
  • — The Mongolian Monuments in ’Phags-pa Script, second edition translated by J.R. Krueger, Wiesbaden, 1957
  • — Introduction to Altaic Linguistics, Wiesbaden, Wiesbaden, Otto Harrassowitz, 1965
  • — Ancient Mongolian, Studies on East Asia, 13 (Studies on Mongolica, G. Schwartz ed.), 1979, pp. 30-37
  • Rachewiltz, I. de, The Secret History of the Mongols, translated with a historical and philological commentary, 2 volumes, Leiden-Boston, Brill, 2004
  • Rashid al-Din. The Successors of Genghis Khan, tr. J.A. Boyle, NY, Columbia UP, 1971
  • Rashiduddin Fazlullah, Jami‘u’t-tawarikh : Compendium of Chronicles (3 parts), A History of the Mongols. Translated and annotated by W. Thackston. Cambridge, Mass., 1998-99
  • Shagdarsürüng, Ts, Mongolčuudiin üseg bicigiin tovčoon (Histoire des écritures des Mongols), Oulan-Bator, Urlakh Erdem Press, 2001
  • Sumyabaatar, B., The Secret history of the Mongols (transcription phonétique en caractères chinois avec leur prononciation et restitution du texte mongol en écriture ouïgouro-mongole et en romanisation), Oulan-Bator, Presses d’Etat D. Süxbaatar, 1990
  • Tömörtogoo, D., Mongol xelšinžileliin onol, tüüxiin asuudaluud (Questions théoriques et historiques de linguistique mongole), Oulan-Bator, 2002
  • Yuan shi (édition par Song Lian de l’histoire dynastique des Yuan compilée en 1370), 15 vol., Pékin, Zhonghua Shuju, 1976

Principaux dictionnaires modernes utilisés :

  • le dictionnaire du mongol ordos de A. Mostaert (Dictionnaire Ordos, Monumenta Serica, Université catholique de Pékin, 1941-1944) ;
  • le dictionnaire du mongol kalmouk de G.J. Ramsted (Kalmückisches Wörterbuch, Helsinki, Suomalais-Ugrilainen Seura,1935) ;
  • le dictionnaire explicatif de Ya. Tsevel (Mongol xelnii tovč tailba toli, 1966 et sa nouvelle édition revue et augmentée parue en 2013)
  • le dictionnaire en cinq volumes de l’Académie des sciences de Mongolie (Mongol xelnii delgerengüi tailbar toli, Oulan-Bator, 2008).

Pour citer cet article

M.-D . Even, "La langue mongole", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15 octobre 2015 (consulté le jj/mm/aaaa)

URL : http://www.islam-medieval.cnrs.fr/MotsDeLaPaix/index.php/fr/mongol

Korshi Dosoo, LabEx RESMED

Famille de langue et particularités linguistiques

« Copte » (t-mnt-rm-n-kēme, « égyptien », littéralement « la catégorie abstraite associée avec le peuple d’Égypte ») est le mot utilisé pour désigner la dernière étape de la langue égyptienne.

L’égyptien fait partie de la branche linguistique afro-asiatique (anciennement « chamito-sémitique »), aux côtés des familles de langues tchadique, sémitique, kouchitique et berbère ; souvent, la famille des langues omotiques y est également incluse, mais non sans controverses.

L’égyptien est considéré comme le seul membre de sa propre famille de langue car il affiche des similitudes avec plusieurs autres familles, sa relation avec les autres membres de sa branche linguistique étant controversée (Loprieno 1995).

L’égyptien est généralement divisé en deux grandes phases: l’égyptien de la première phase, (composé de l’Ancien et du Moyen-égyptien) et, plus tard, l’égyptien de deuxième phase (composé de néo-égyptien, démotique et copte). L’égyptien tardif se caractérise par ses plus grandes tendances analytiques, par opposition à la morphologie plus synthétique de égyptien ancien, bien que le copte marque un retour à une morphologie plus synthétique, ce qui fait de l’égyptien l'exemple le plus connu du cycle de l’hypothétique synthèse-analyse-synthèse ou biosynthèse, hypothèse émise comme un phénomène de langage universel (Haspelmath 2014).

Le copte se distingue également des formes plus anciennes de l’égyptien par la forte proportion de mots importés du grec : environ 5 000 termes, selon l'estimation de Grossman (2014), ou 40% du vocabulaire total selon celle de Kasser (1991). Le nombre de mots grecs importés dans les un texte donné peut varier énormément, de peut-être 4% ou moins à 71% dans certains textes exceptionnels, 20% étant la norme (Kasser 1991).

Les mots empruntés appartiennent à presque toutes les catégories grammaticales - substantifs, adjectifs, verbes, adverbes, conjonctions, interjections, prépositions et particules de discours. Parfois, ces mots peuvent être intégrés dans la morphologie copte, par exemple, le mot grec epistole (« lettre ») donne, au pluriel, en copte : epistolooue, et la préposition grecque para (« à côté, plus que, contrairement à ») est adapté en copte à la forme pré-pronominale pararo- (Grossman 2014 ).

La raison d’une telle importance de ces emprunts est sans aucun doute due à l’existence du grec comme langue du gouvernement et de l'administration en Égypte durant les périodes ptolémaïque, romaine et les débuts de l’époque islamique. Plus important encore, son statut de véhicule de nouveaux concepts importants - notamment ceux du christianisme, à travers le grec du Nouveau et de l’Ancien Testament (Septante) – ainsi que, dans une moindre mesure, ceux de la philosophie grecque (y compris l'hermétisme), du manichéisme, etc.

Des emprunts à l'arabe, mais en bien moins grand nombre - environ 400 termes -, sont présents dans les textes coptes à partir du IXe siècle ; la plupart est limitée au vocabulaire technique (médical, arithmétique, métrologique, alchimique), et aux textes magiques qui peuvent avoir été influencés par ou traduits à partir d'originaux en arabe. Un ensemble, plus modeste, concernant la terminologie juridique et administrative de l'arabe, se retrouve dans les textes documentaires tardifs, ainsi que quelques mots relatifs aux produits de consommation courante (navires et tissu), ces derniers se référant probablement à certains articles de luxe (Vycichl 1991; Richter 2006, 2009). Les mots importés de l’arabe sont presque totalement absents des textes littéraires, avec une seule exception, le Martyre de Jean de Phanijoit, texte du XIIIe siècle (Krueger 2015).

Écriture

Alors que les anciennes formes de l’égyptien sont écrites dans diverses écritures natives - hiéroglyphique, hiératique, démotique et hiératique anormal -, le copte est écrit sous une forme modifiée de l'alphabet grec. Bien que quelques textes coptes se limitent aux 24 lettres de l'alphabet grec, la plupart des textes dans cette langue utilisent, en plus de celles-ci, un certain nombre de lettres venant du démotique, mais adaptées pour ressembler à des lettres grecques. Le dialecte sahidique utilise six lettres supplémentaires (shai ϣ; fai ϥ; hori ϩ; djanja ϫ; kjima ϭ; ti ϯ), alors que les lettres supplémentaires sont utilisées dans les deux dialectes bohairique (hori barré ⳉ) et akhmimique (khai ϧ); d'autres lettres sont utilisés dans quelques textes de la première période copte, du premier au quatrième siècle de notre ère. En outre, un certain nombre de signes diacritiques existent en copte, dont les plus importants sont l’accent au-dessus de la ligne ( (̅), probablement utilisé pour indiquer soit un schwa précédant la lettre, soit une consonne autosyllabique, et le djinkim (‘), utilisé dans le bohairique et le mésokemique pour indiquer les consonnes et les voyelles autosyllabiques. L'alphabet copte standard a donc 31 ou 32 lettres, mais, étant donné que le nombre de phonèmes dans la langue est plus petit que ceci (22 pour le sahidique; Layton 2000) plusieurs lettres sont des monogrammes (ⲑ = /t/+/h/) ou des variantes du même phonème (ⲕ, ⲅ = /k/).

La prononciation des lettres grecques en copte et, dans une plus large mesure l'orthographe des mots grecs dans les textes coptes, diverge souvent du grec classique. Certains de ces changements sont dus à des modifications internes au grec, et, dans certains cas, plus précisément aux particularités du grec koinè parlé en Egypte, tandis que d'autres sont dus à l'interaction des systèmes phonologiques du grec et de l’égyptien - par exemple, la présence de contraste entre les consonnes voisées et non voisées en grec, phénomène linguistique qui ne s’actualise pas en égyptien (Horrocks 1997; Torallas Tovar 2010).

Il est également intéressant de mentionner ici l’exemplaire unique d’une texte copte écrit en arabe, qui s’agit d’hymnes en l’honneur de la Vierge Marie. Ce manuscrit n’est pas daté, mais est probablement assez tardif (Galtier 1906).

Étendue chronologique et géographique

Le copte est attesté comme langue écrite dans toute la vallée du Nil, de la Nubie au Delta, ainsi que dans le Fayoum et les oasis occidentales ; en tant que langue parlée, il existait sans doute dans une genre de langue équivalent.

Chronologiquement, il est difficile de donner un début précis au copte. D'un point de vue syntaxique, un grand nombre de constructions caractéristiques du copte sont présentes dans les textes démotiques tardifs. Si le copte est défini par son utilisation de l'alphabet grec, les premiers textes en égyptien translittérés en grec existent dès le IIIe s. avant notre ère. Mais le commencement que l’on peut admettre le mieux pour le copte se repère dans les textes écrits dans une langue appelée « Vieux copte » où une douzaine d'exemples de textes en égyptien sont écrits en alphabet grec, complété par une série de lettres démotiques dont certaines ont évolué plus tard dans les graphèmes coptes standards. Ces textes présentent une gamme hétérogène de caractéristiques dialectales. Quant à leur contenu, il les place dans le domaine des cultes égyptiens traditionnels : ce sont des étiquettes de momie, des gloses de textes hiératiques et démotiques et des manuscrits astrologiques et magiques. Des exemples de ces textes sont attestés du Ier au IVe siècle de notre ère. Les textes écrits dans les dialectes coptes standardisés, généralement associés avec le christianisme, sont attestés aux environs de 300 PC, avec les premières traductions de la Septante. Un exemple d'un texte intermédiaire entre ces deux groupes - soit « païen », Vieux copte / « chrétien », copte standard - peut être trouvée dans P. Bodmer VI, un ancien codex en parchemin contenant une partie du Livre des Proverbes, mais pourvu d’une riche palette de caractères comparables aux textes en Vieux copte. Dans ses débuts, le copte existait à côté du néo-moyen égyptien écrit en hiéroglyphes (dernière attestation au IVe siècle), et démotique (dernière attestation au Ve siècle).

Bien qu'il n'ait jamais été la langue dominante de l’administration de l'Égypte, le copte a perduré en tant que langue parlée et écrite tout au long des époques romaine et byzantine, et longtemps après la conquête arabe. En effet, malgré la conquête arabe de l'Égypte en 641 PC, du VIIe au VIIIe siècles, on a une période très productive pour les textes littéraires et documentaires en copte. De manière significative, le IXe siècle a vu le sahidique, qui fut précédemment le dialecte littéraire prédominant, supplanté par le bohairique, le dialecte du Delta. Les derniers textes littéraires importants en copte ont été écrits au début du XIVe siècle PC. Le dialecte bohairique reste à ce jour la langue liturgique de l'Église copte orthodoxe, et le copte est actuellement généralement considéré comme une langue morte. Sa disparition en tant que langue parlée est difficile à dater à ce jour ; les estimations les plus pessimistes mettant cette disparition dès 1100 (Zakrzewska 2014), et les plus optimistes la voyant survivre dans des régions reculées de Haute-Égypte encore au XVIIe siècle, ou même plus tard (Peust 1999) ; quelques Coptes modernes considèrent qu’ils parlent couramment cette langue, et il y a des efforts en cours en faveur d’une renaissance de la langue copte.

Valeur symbolique

Ewa Zakrzewska (2014) identifie trois grandes périodes symboliques de la langue égyptienne dans sa phase copte. Son importance originelle provient de son statut de langue littéraire alternative, remplaçant le grec, en particulier dans le milieu monastique qui a pesé lourd dans le paysage religieux de l'Égypte. Après la conquête arabe, il a développé graduallement une nouvelle valeur symbolique en tant que langue de la liturgie orthodoxe copte, un « langage des cieux ». Dès la fin du XVIe siècle, la « redécouverte » du copte par les savants européens, lui a donné une autre signification, celle de « langue originale des pharaons » dont l'étude a conduit aux premières étapes du déchiffrement des de la langue égyptienne. Plus récemment, le statut du copte comme la « langue des pharaons » est devenu important au sein de pharaonisme, cette idéologie nationaliste égyptienne qui situe l’identité égyptienne, ou plus précisément encore, copte, dans le passé pharaonique.

Aujourd'hui, la langue copte est associée à l'Église copte orthodoxe miaphysite, l'une des Églises qui a rejeté la décision du Concile de Chalcédoine en 451, lequel professait que Jésus détenait deux natures, l'une humaine, l'autre divine. Pour les coptes, le Jésus, incarné a une seule nature, à la fois divine et humaine (Awad et Moawad 1991). Mais le lieu commun selon lequel il y aurait une dichotomie claire entre, d’une part, des locuteurs du copte professant la doctrine monophysite et, d’autre part, les locuteurs du grec adhérant au dogme chalcédonien est probablement trop simpliste. De même que les dichotomies Égyptiens autochtones coptes / Grecs étrangers ; rural / urbain ; paysans / membres de l’élite. Le lien décisif entre la langue et l'Église coptes semble dater plus ou moins de la période de la conquête arabe, quand le grec a disparu en tant que langue parlée - bien que l'Église copte conserve jusqu'à nos jours certaines sections grecques dans sa liturgie. Les attestations papyrologiques et littéraire témoignent de l'existence de communautés rurales de la chora égyptienne utilisant le grec, ainsi que de communautés égyptiennes parlant le copte dans les villes, sans parler du grffand nombre de personnes bilingues, appartenant à la fois à l'élite et à d’autres milieux. Les données indiquent également que la décision d'utiliser le grec ou le copte dans une situation donnée était plus complexe que le simple référent à l'identité immédiate, qu’elle fût ethnique ou religieuse ou au statut social (Wipszycka 1992).

Corpus pour l'étude de la paix

À l'heure actuelle le copte manque d’un corpus de recherche en ligne comparable à ceux qui existent pour le grec, le latin, ou des formes plus anciennes de l’égyptien. Néanmoins, des listes non exhaustives d’attestations de mots individuels peuvent être trouvées dans les grands dictionnaires, principalement celui de Crum (1939), avec ses compléments par Kasser (1964), pour les mots égyptien origine, et celle de Förster (2002) pour mots importés du grec. Des éditions des Bibles sahidique et bohairique sont disponibles, avec des concordances, ainsi qu’une grande partie du corpus de Chénouté. La création de corpus en ligne fait l'objet de plusieurs projets en cours: Coptic Scriptorium est un projet de collaboration contenant des textes littéraires, patristiques et bibliques richement annotés, pendant que les textes documentaires coptes sont progressivement ajoutés à la base de données Papyrological Navigator dont les textes sont majoritairement en grec. Des projets similaires sont à venir, avec, à l'heure actuelle le Thesaurus Linguae Aegyptiae, axé sur le Moyen égyptien et le démotique. Malgré le manque de ressources informatisées, l’accès à la documentation en copte est assuré par le nombre important et sans cesse croissant d'éditions papyrologiques .

Évolution de la langue et variations idiomatiques

Une particularité importante du copte est l’existence d'un grand nombre de dialectes distinctifs. Les plus importants d'entre eux sont les « dialectes du sud » : le sahidique (régulièrement abrégé en S), l’akhmimique (A), et le lycopolite (L ou A2, également connu comme le « subakhmimique »), et les «dialectes du nord » : bohairique (B), fayoumique (F) et mésokémique (M), également connu comme « moyen égyptien »). À côté de ces grands groupes, on trouve plus d'une douzaine de dialectes mineurs, généralement des variantes ou des versions non standard des principaux dialectes. Bien qu'il ait été suggéré que les dialectes peuvent avoir uniquement représenté les différentes normes écrites, la variation dans le vocabulaire et la morpho-syntaxe aux côtés de l'orthographe suggèrent que, au moins quelques-unes des différences apparentes, représentent une réelle variation dialectale. Les dialectes sont généralement associés à des zones géographiques particulières au sein de l'Égypte, à l'exception du sahidique qui peut représenter un dialecte véhiculaire, un langage standard quelque peu artificiel, avec des caractéristiques à la fois du Nord et du Sud, utilisés pour la communication à travers les frontières dialectales (Funk, 1988). Les variations dialectales en copte existaient probablement dans les formes antérieures de l’égyptien, mais elles ont généralement été occultées par le système d'écriture; le phénomène phonologique du lambdacisme (échange des sons /l/ et /r/), caractéristique de l'égyptien du Fayoum, qui se manifeste dans de nombreux textes en démotique de cette région, représente une exception. Néanmoins, les commentaires présents dans les textes littéraires anciens, à propos des difficultés qu’avaient les Égyptiens des différentes parties du pays à s’inter-comprendre, sont évocateurs de cette préhistoire des dialectes.

Le changement diachronique en copte reste un sujet à étudier en profondeur. De toute évidence, il y a des modifications visibles dans le vocabulaire, l'orthographe et la prononciation ; le changement grammatical reste difficile à décrire clairement (mais voir Grossman 2010). En termes de vocabulaire, on peut noter l'augmentation des termes grecs entre le Vieux copte et le copte standard, le traitement changeant des mots empruntés au grecs, et l'adoption ultérieure du vocabulaire arabe et parfois de la phraséologie de cette langue. En termes d'orthographe, nous pouvons noter le traitement irrégulier croissant de mots grecs dans les textes tardifs. En termes de prononciation, il y a des suggestions de modifications de prononciation sur la période où le copte a été une langue écrite productive. Mais le changement le plus clair est la réforme de la prononciation opérée par le pape Cyril IV (1854-1861) - une des maintes réformes éducatives entreprises par ce patriarche - dans laquelle la prononciation liturgique du bohairique a été modifiée pour se conformer à la prononciation du grec moderne.

Vecteurs d’influence culturelle et types de textes

Une large gamme de textes, idiosyncrasique, survit en copte. Le fait que, d’abord le grec, et, plus tard, l'arabe, ont été les langues administratives et littéraires prédominantes en Égypte, signifie que le copte a eu relativement peu de textes purement politiques ou littéraires. Mais le climat égyptien a conservé un nombre presque sans précédent de textes documentaires. Les marqueurs évidents de la culture égyptienne préchrétienne « pharaonique » - les références aux divinités traditionnelles, aux prêtres et aux rois - sont généralement absents dans les textes coptes, bien que des exceptions notables existent dans les textes en Vieux copte et dans certains matériaux magique. La continuité avec la tradition égyptienne préchrétienne réside souvent dans des pratiques culturelles moins explicites, liées à la vie de l'individu, de la famille et de la communauté agricole - traditions portant sur l'accouchement, les menstruations, la guérison, et la crue du Nil, par exemple, qui sont attestés indirectement dans des textes. La continuité avec les traditions culturelles grecques et romaines s’expriment non seulement dans la matière littéraire et philosophique qui se trouve dans les plus anciens textes, mais, dans une plus large mesure, dans les textes juridiques qui présentent un mélange de grec, romain / byzantin, et des traditions juridiques autochtones égyptiennes.

Malgré l'association de la langue copte avec l'Église orthodoxe copte, un certain nombre de textes importants, provenant d'autres traditions religieuses sont également attestés parmi les documents arrivés jusqu’à nous. À côté des productions de la tradition religieuse polythéiste traditionnelle en Vieux copte, la littérature religieuse et les textes documentaires témoignent de l’existence de communautés manichéennes à la fois à Medinet Madi et à Kellis, ainsi que de l'existence de traditions chrétiennes non – orthodoxes, généralement classés comme «gnostique», et qui sont représentés par la bibliothèque de Nag‘ Hammadi, ainsi que par les codex Bruce, Askew, Tchacos et Berlin. Bien qu'une grande partie de la matière gnostique soit d'inspiration judéo-chrétienne, une petite quantité représente la philosophie grecque (par exemple l'extrait de la République de Platon dans le codex VI de Nag‘ Hammadi), ainsi que le traité d’Hermétique gréco-égyptien (ainsi, une section de l’Asclépios, dans le même codex). La plupart, sinon la totalité de ce matériau, a été traduite du grec ou du syriaque dans le cas des textes manichéens.

Les livres de la Bible, également traduits du grec, sont parmi les premières œuvres attestées en copte. La totalité de l'Ancien et du Nouveau Testament, y compris plusieurs livres apocryphes, survivent en sahidique, et les projets de recherche sont actuellement en voie de produire des éditions complètes de ces textes (Richter 2009; Behlmer et al. 2015). Une Bible en bohairique, même si certains livres de l'Ancien Testament lui manquent, existe aussi, normalisée au IXe siècle, et le matériel biblique existe dans les principaux dialectes. À côté de la Bible, plusieurs traductions en copte des œuvres des apôtres ainsi que des textes patristiques, sont connues, de même que des textes patristiques autochtones, avec les plus importants auteurs anciens que sont les fondateurs du monachisme égyptien Pachôme, le père du monachisme cénobitique et Chénouté, l'archimandrite du monastère Blanc et auteur le plus prolifique dont les textes soient parvenus jusqu’à nous, en langue copte. D'autres œuvres religieuses comprennent la littérature homilétique, des épîtres littéraires, des histoires ecclésiastiques, des martyrologes et de l’hagiographie, ainsi que des textes liturgiques, y compris de la poésie liturgique. Sont conservés, également en copte, deux romans littéraires non-religieux, une version partielle du Roman d'Alexandre, et le Roman de Cambyse.

Il faut également noter un certain nombre de textes « pré- scientifiques» importants : médicaux, alchimiques, arithmétiques, ainsi que des travaux philologiques ; les scalae sont décisives pour les études lexicographiques comparatives, de même que les dictionnaires de copte, d’arabe, et parfois de grec, écrits entre les XIIe et XIVe siècles. Un nombre significatif de textes magiques a survécu, à la fois des formulaires donnant des instructions pour des rituels, et des textes documentaires attestant des pratiques réalisées, aux côtés de demandes oraculaires faites dans les tombeaux des saints, et des oracles des tirages au sort des postes politiques.

La dernière grande catégorie, celle des textes documentaires, donne un aperçu important sur la vie et les préoccupations des femmes et des hommes en dehors des élites lettrées, habituellement plus visibles dans les sources écrites. Ce groupe de textes comprend des lettres, des manuels scolaires et des textes juridiques (lesquels comprennent la vente, le prêt et les contrats commerciaux, les testaments, les reçus et les documents fiscaux). En plus de ces textes, généralement écrits sur papyrus, parchemin, et ostraca, nous trouvons des inscriptions funéraires, généralement sur des stèles et des graffitis.

Bibliographie

  • Allen, James P. The Ancient Egyptian Language: An Historical Study. Cambridge University Press, 2013.
  • Awad, Magdi & Moawad, Samuel, “A response to the article ‘Monophysitism' by W.H.C. Frend in the Coptic Encyclopedia, vol. 5, pp. 1669-1678” in Claremont Coptic Encyclopedia, 1999.
  • Behlmer, Heike et al. Digitale Edition des koptisch-sahidischen Alten Testaments, 2015.
  • Choat, Malcolm. "Coptic" dans The Oxford Handbook of Roman Egypt, edité par Christina Riggs. Oxford: Oxford University Press, 2012: 581-593.
  • Crum, Walter Ewing. A Coptic Dictionary. Oxford, Clarendon Press, 1939.
  • Förster, Hans. Wörterbuch der griechischen Wörter in den koptischen dokumentarischen Texten. Berlin: Walter de Gruyter, 2002.
  • Funk, Wolf-Peter. "Dialects wanting homes: a numerical approach to the early varieties of Coptic" dans Historical Dialectology: Regional and Social, edité par Jacek Fisiak. Berlin: Walter de Gruyter, 1988: 149-92.
  • Galtier, Émile. "Coptica–arabica III: Un manuscrit copte en caractères arabes" dans Bulletin de l’institut français d’archéologie orientale 5, 1906: 91–111.
  • Grossman, Eitan. “Periphrastic perfects in the Coptic dialects: a case study in grammaticalization” dans Lingua Aegyptia 17, 2010: 81-118.
  • Grossman, Eitan. “Greek Loanwords in Coptic” dans Encyclopedia of Ancient Greek Language and Linguistics, edité par Georgios K. Giannakis et al. Leiden: Brill, 2014: 118-120.
  • Haspelmath, Martin. “A grammatical overview of Egyptian and Coptic” dans Egyptian-Coptic Linguistics in Typological Perspective, edité par Еіtаn Grоѕѕmаn, Martin Нaspelmаth & Tonio Sebastian Rіchtеr. De Gruyter Mouton, 2014: pp.103-144.
  • Horrocks, Geoffrey. Greek: A History of the Language and its Speakers. Harlow. 1997: 61-63.
  • Kasser, Rodolphe. Compléments au Dictionnaire Copte de Crum. Caire: Imprimerie de l'Institut Français d'Archéologie Orientale, 1964.
  • Kasser, Rodolphe. “Vocabulary, Graeco-Coptic” dans The Coptic Encyclopedia, vol.8, edité par Aziz S. Atiya. New York: Macmillan Publishing Company, 1991: 215-222.
  • Krueger, Frederic. "Die arabischen Lehnwörter im spätbohairischen Martyrium des Johannes von Phanidjōit" dans Göttinger Miszellen 246, 2015: 49-55.
  • Layton, Bentley. A Coptic Grammar with Chrestomathy and Glossary. Sahidic Dialect. Wiesbaden: Harrassowitz Verlag, 2000.
  • Loprieno, Antonio. Ancient Egyptian. A linguistic introduction. Cambridge : Cambridge University Press, 1995.
  • Peust, Carsten. Egyptian Phonology: An Introduction to the Phonology of a Dead Language. Göttingen 1999.
  • Richter, Siegfried G. Die koptische Überlieferung des Neuen Testaments/The Coptic tradition of the New Testament, 2009.
  • Richter, Tonio Sebastian. “Coptic, (Arabic loanwords in)” dans Encyclopedia of Arabic Language and Linguistics, vol. I, edité par K. Versteegh. Leiden : Brill, 2006: 595-601.
  • Richter, Tonio Sebastian. “Greek, Coptic, and the ‘Language of the Hijra’. Rise and Decline of the Coptic Language in Late Antique and Medieval Egypt” dans From Hellenism to Islam: Cultural and Linguistic Change in the Roman Near East, edité par H. Cotton, R. Hoyland, J. Price & D.J. Wasserstein. Cambridge : UP, 2009: 402-446.
  • Torallas Tovar, Sofía. “Greek in Egypt” dans A Companion to the Ancient Greek Language, edité par Egbert J. Bakker. 2010: 253-266.
  • Vycichl, W. Dictionnaire étymologique de la langue copte. Peeters, 1983.
  • Vycichl, Werner. “Vocabulary, Copto-Arabic” dans The Coptic Encyclopedia, vol.8, edité par Aziz S. Atiya. New York: Macmillan Publishing Company, 1991: 215.
  • Wipszycka, Ewa. “Le nationalisme a-t-il existé dans l'Egypte byzantine?” dans Journal of Juristic Papyrology 22, 1992: 83-128.
  • Zakrzewska, Ewa D. “The Coptic Language” in Coptic Civilization: Two Thousand Years of Christianity in Egypt, edité par Gawdat Gabra. Caire: The American University in Cairo Press, 2014: 79-89.

Fiche élaborée par Claire Somaglino, Paris IV, UMR 8167, “Mondes pharaoniques”

Famille de langue et particularités linguistiques

La langue égyptienne appartient à la famille des langues chamito-sémitiques (encore appelé afro-asiatiques), dont elle forme une branche spécifique. Elle a été pratiquée dans la vallée du Nil, de la 1re cataracte au rivage méditerranéen.

Écriture

La langue égyptienne peut, dès l’origine, être écrite en hiéroglyphes, ou dans leur forme cursive, le hiératique. Seules les consonnes et semi-consonnes sont notées. Les hiéroglyphes sont des signes-images qui peuvent avoir différents emplois : idéogrammes, phonogrammes, déterminatifs. Ils sont généralement réservés à l’écriture monumentale, donc pour des textes officiels ou religieux, alors que le hiératique est employé préférentiellement sur papyrus et ostraca, pour tous types de textes. C’est cette écriture cursive qui est utilisée quotidiennement dans la pratique administrative et économique.

Issue du hiératique, l’écriture démotique apparaît à la XXVIe dynastie et se généralise progressivement dans la documentation administrative et économique, avant d’être employée dans la littérature, pour noter l’état de langue du même nom.

Enfin, le copte utilise l’alphabet grec, auquel s’ajoutent sept nouvelles lettres.

Évolution de la langue, différences idiomatiques

Les premières traces de l’écriture égyptienne remontent à la période de formation de l’État, vers 3200 avant notre ère. Tout au long de l’histoire égyptienne, la langue évolue, jusqu’à son dernier état, le copte, qui n’est plus pratiqué de manière courante depuis le XIIIe siècle environ, mais qui reste la langue liturgique des chrétiens d’Égypte.

Au cours des 3 000 ans d’histoire égyptienne, la langue égyptienne évolua constamment. Son état écrit semble se modifier à un rythme différent, avec un temps de retard. On distingue plusieurs stades dans cette évolution :

Égyptien de la première phase :

  • L’ancien égyptien, qui est la langue de l’Ancien Empire (2700-2190 avant J.-C. env.)
  • Le moyen égyptien, langue du Moyen Empire et du début de la XVIIIe dynastie (2040-1350 av. J.-C. env.). Considéré comme un état classique de la langue, il forme la base de l’égyptien de tradition, qui est employé durant des siècles par les scribes les plus savants pour un certain nombre de textes officiels, littéraires et religieux.

Égyptien de la deuxième phase :

  • Le néo-égyptien : parlé sans doute depuis la XVIIe dynastie, il apparaît dans les textes écrits à la fin de la XVIIIe dynastie et est utilisé jusqu’à la fin de la Troisième Période intermédiaire environ (1350-664 av. J.-C. env.).
  • Le démotique : ce terme désigne à la fois un stade de l’évolution de la langue et l’écriture dans laquelle il est retranscrit. Il est en usage de la XXVIe dynastie (664 av. J.-C.) jusqu’à 470 apr. J.-C. pour la dernière inscription précisément datée.
  • Le copte

Objectif de la recherche

Des recherches plus précises sont encore à mener sur le vocabulaire de la paix en Égypte, notamment pour comprendre si la notion constituait une catégorie distincte dans la pensée égyptienne.

Une partie du vocabulaire de la paix et de la diplomatie a déjà été étudié, en particulier par D. Lorton (1974), mais son ouvrage ne porte que sur la XVIIIe dynastie et il y aurait intérêt à élargir la période abordée, afin de mieux saisir les évolutions dans le vocabulaire. On consultera également avec intérêt les études consacrées à la monarchie au Moyen Empire et à l’époque ramesside par E. Blumenthal (1970) et N. Grimal (1986). Ils y analysent une série de termes en relation avec les fonctions guerrières et pacifiques du roi.

Plusieurs termes sont employés pour désigner la paix : ḥtp, sḥtp (« apaiser, apaisement, paix », « apaiser, pacifier ») et les expressions liées ; sgrḥ (« pacifier ») ; šrm/šlm (terme dérivé du sémitique ; « poser les armes, chercher la paix », « paix ») ; hrw, hrt, shrj (« se réjouir, se calmer, joie, calme, apaiser, ramener le calme ») ; snsn (« fraterniser, amitié, fraternité »), etc. Le vocable principal est ḥtp et ses dérivés, qui couvrent un champ sémantique vaste : paix, apaisement, contentement. Ils sont très fréquemment utilisés dans le vocabulaire religieux… où l’on voit l’intrication très étroite des différents domaines dans la pensée égyptienne.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix

Pour le programme « Mots de la paix », les sources égyptiennes hiéroglyphiques et hiératiques de l’Ancien Empire à la fin de la Basse-Époque seront prises en compte. Il pourra être fait ponctuellement appel aux textes hiéroglyphiques de l’époque gréco-romaine.

Les textes qui abordent plus ou moins largement le thème de la paix (à l’intérieur du pays ou avec d’autres peuples ou contrées) sont de plusieurs natures. Tout d’abord les textes sapientiaux qui apparaissent au début du Moyen Empire et promeuvent un modèle de comportement moral pour l’élite, dans le respect de la maât, principe d’harmonie, justice et vérité essentiel dans l’idéologie pharaonique. Puis les éloges royaux qui forment des textes à part entière ou peuvent être intégrés dans d’autres types de textes. Ils soulignent les qualités du roi dans ses fonctions, en particulier dans la préservation des frontières du royaume et dans le maintien de la sécurité pour son peuple. Mais ce sont surtout les textes royaux dits « historiques » ou encore les biographies de dignitaires qui constituent les sources les plus riches pour l’étude des mots de la paix, en particulier au Nouvel Empire, époque de la plus grande extension de l’empire égyptien. On peut enfin y ajouter, toujours pour cette période, le premier traité de paix dont le texte nous soit parvenu, et qui fut conclu sous le règne de Ramsès II entre les Égyptiens et les Hittites, v. 1259 av. J.-C. (pour l’édition la plus complète du texte : Edel : 1997).

Bibliographie

  • Blumenthal, E, 1970, Untersuchungen zum ägyptischen Königtum des mittleren Reiches I. Die Phraseologie, Abhandlungen der Sächsischen Akademie der Wissenschaften zu Leipzig. Philologisch-Historische Kalsse 61,1, Berlin.
  • Edel E., 1997, Der Vertrag zwischen Ramses II. von Ägypten und Ḫattušili III. von Ḫatti, Berlin.
  • Grimal, N., 1986, Les termes de la propagande royale égyptienne de la XIXe dynastie à la conquête d’Alexandre, Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Nouvelle Série, t. VI, Paris, 1986.
  • Lorton, D, 1974, The Juridical Terminology of International Relations in Egyptian Texts through dyn. XVIII, Londres.

Pour citer cet article

Cl. Somaglino, "L'égyptien ancien", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15 octobre 2015, consulté le 23/10/2021.

Fiche élaborée par Isabelle Marthot-Santaniello, université de Bâle (Suisse)

Famille de langue et particularités linguistiques

Le grec fut la langue administrative de l’Égypte à partir de la conquête d’Alexandre le Grand (fin du ive s. av. J.-C.) et s’est maintenu durant le premier siècle de la domination arabo-musulmane jusqu’au milieu du viiie s., couvrant une période qu’il est coutume d’appeler le « millénaire papyrologique ».

Les papyrus documentaires d’Égypte constituent la plus importante source d’information sur le développement de la langue grecque durant le millénaire qui a suivi la période classique.

Le grec papyrologique se rattache à la koinê grecque, qui est une forme ionicisée du dialecte attique, exportée par la conquête macédonienne, et qui fut la langue de l’administration et de l’élite de la société dans les royaumes hellénistiques nés des conquêtes d’Alexandre, puis dans la partie orientale de l’empire romain.

La plupart de la littérature grecque de la période hellénistique et romaine entre dans cette catégorie de koinê, avec des œuvres aussi diverses que les Histoires de Polybe et le Nouveau Testament.

Le grec des papyrus documentaires a des traits communs avec ces œuvres mais en diffère, parfois considérablement, par de nombreux aspects : phonétique, morphologique, syntaxique, lexicologique (voir Dickey 2009).

Les papyrus littéraires peuvent nous éclairer par leurs notes, scholia et erreurs qui montrent ce qui n’était plus compris ou qui posait problème pour un hellénophone d’Égypte à telle ou telle période.

Les textes documentaires sont plus à même de nous renseigner sur la langue courante, même si le passage de la langue orale à la langue écrite est important. En effet, on considérait déjà comme un manque d’éducation « d’écrire comme on parle » mais, de nouveau, ce sont les erreurs et maladresses des auteurs (de lettres privées par exemple) qui peuvent attester du niveau de familiarité de telle ou telle expression.

Le vocabulaire des papyrus documentaires diffère souvent de celui des textes en grec classique (dialecte attique). Une partie de ces différences découle naturellement de références à des réalités physiques, sociales et politiques propres à l’Égypte hellénistique et romaine. Cependant cet « endémisme » ne permet pas d’expliquer l’ensemble des changements lexicaux. Certains termes classiques sont très manifestement tombés en désuétude et ont été remplacés par des synonymes, parfois rares, parfois même inconnus dans la langue classique. D’autres ont vu leur sens et emploi évoluer. Plusieurs de ces évolutions sont visibles dans certaines œuvres littéraires aptes à prendre leurs distances avec le canon du grec classique (comme le Nouveau Testament) et ont souvent persisté dans le grec moderne.

Écriture

 

Évolution de la langue

Une évolution dans le vocabulaire de l’agriculture à partir du ive s. apr. J.-C. a déjà été soulignée (Cadell 1974). Nous tâcherons de voir si un renouvellement a également lieu dans le lexique de la paix.

Étendues chronologique et géographique

Du iiie s. av. J.-C. au milieu du viiie s. apr. J.-C.

Essentiellement grec hellénistique et romain sur papyrus et ostraca d’Égypte. De très rares cas hors d’Égypte, les plus importants dossiers étant ceux du Proche-Orient : Doura-Europos, Moyen-Euphrate, Nahal Hever, Petra et Nessana (voir Gascou 2009).

Objectif de la recherche

Recherche des expressions relevant du lexique de la paix dans les papyrus documentaires, attention portée à leur évolution chronologique mais aussi au contexte dans lesquels ils apparaissent, en particulier le type documentaire (ordres officiels des administrateurs, lettres privées, contrats, etc).

Une fois les termes clés repérés, il sera possible d’en analyser les emplois.

Par exemple, près de 650 textes comportent un mot débutant par eirên- et donc formé sur le mot εἰρήνη, eirênê, « la paix ». On distinguera les emplois en anthroponyme (nom féminin Eirênê, masculin Eirênaios, Eirêniôn dont on peut creuser la popularité en examinant la répartition chronologique, sociale, géographique des attestations), les compositions (fonctionnaires « commandant de la paix » eirênarchos εἰρήναρχος, « gardien de la paix », eirênophylax, εἰρηνοφύλαξ) et les emplois du terme eirênê lui-même, dans tel contexte, telle expression, tel type documentaire.

Corpus utile à l’étude du lexique de la paix

L’ensemble des papyrus documentaires est accessible sur papyri.info.

La consultation de scholies et de notes sur papyrus littéraires alimentera la discussion avec les autres spécialistes de la langue grecque.

Bibliographie

Cadell H., 1974, « Le renouvellement du vocabulaire au IVe siècle de notre ère d’après les papyrus », Akten des XIII. Internationalen Papyrologenkongresses, Marburg/Lahn, 2—6 August 1971, Munich, p. 61-68.

Cavallo G., 2009, « Greek and Latin Writing in the Papyri », in R. S. Bagnall (ed.), The Oxford Handbook of Papyrology, Oxford University Press, p. 101-148.

Dickey E., 2009, « The Greek and Latin Languages in the Papyri », in R. S. Bagnall (ed.), The Oxford Handbook of Papyrology, Oxford University Press, p. 149-169.

Gascou J., 2009, « The Papyrology of the Near-East », in R. S. Bagnall (ed.), The Oxford Handbook of Papyrology, Oxford University Press, p. 473-494.

Instruments de travail

I. Marthot-Santaniello, "Grec papyrologique", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 14/12/2015, consulté le 23/10/2021.

Les mots de la maix/Terminology of peace

Directeur de la publication : Sylvie Denoix

Hébergeur : CNRS

Créatrice du site: Claire Carpentier

Webmestre : Korshi Dosoo

Réalisation de site anglais: Korshi Dosoo

Protection des informations nominatives

Ce site Web comporte des informations nominatives. Conformément à la loi n° 78-17 du 6 janvier 1978, relative à l'Informatique, aux fichiers et aux Libertés (articles 38, 39, 40), vous disposez d'un droit d'accès, de rectification et de suppression des données vous concernant, en ligne sur ce site.

Pour exercer ce droit, vous pouvez vous adresser au Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser..

Liens hypertextes

La mise en place de liens hypertextes par des tiers vers des pages ou des documents diffusés sur ce site est autorisée sous réserve que les liens ne contreviennent pas aux intérêts du programme de recherche "Les mots de la paix" et qu'ils garantissent la possibilité pour l'utilisateur d'identifier l'origine et l'auteur du document.

Fiche élaborée par Sylvie Denoix, CNRS, UMR 8167 Orient & Méditerranée, "Islam médiéval", Paris

Famille de langue et particularités linguistiques

La langue arabe (al-lisān al-‘arabī) appartient à la famille des langues sémitiques du sud. Héritière des quatre langues sudarabiques, elle est née vers le IIe siècle dans la péninsule Arabique  en milieu bédouin et s’est d’abord illustrée dans la poésie.

Comme les autres langues sémitiques, c’est une langue à racines consonnantiques.

Écriture

L’écriture arabe est alphabétique, seules les consonnes et les voyelles longues ou semi-consonnes sont écrites, sauf dans certains textes dont il faut absolument établir la vocalisation, comme le Coran, où un système diacritique note les voyelles courtes.

Cette écriture a servi de support à de nombreuses autres langues du domaine musulman (persan, turc, ourdou, kashmiri, kurde…)

La plus ancienne inscription en arabe date du IIIe siècle.

Étendue chronologique et géographique

Dès ses débuts, l’arabe a été parlé et écrit par différents groupes ethniques de la péninsule Arabique, et un travail de collecte a été réalisé par les grammairiens arabes, principalement des villes irakiennes de Kūfa et de Baṣra du IIe/VIIIe siècle au IVe/Xe siècle.

Valeur symbolique

Pour les musulmans, le Coran a été révélé en arabe, ce qui donne un poids affectif et symbolique particulier à cette langue.

Coran, sourate (mekkoise) 26 : Les poètes

192 Certes, lui [le Coran] est une révélation du seigneur des deux mondes

193 sur lequel est descendu l’esprit fidèle [l’ange Gabriel]

194 en ton [adresse à Muḥammad] cœur, afin que tu fasses partie de ceux qui avertissent

195 en langue arabe claire (bi-lisānin ‘arabin mubīnin)

Avec la conquête islamique, la langue arabe s’est répandue, à partir du VIIe siècle, jusqu’au Maghreb extrême à l’ouest, et à l’Irak à l’est.

Dans les pays musulmans qui ont gardé leur langue, comme l’Iran ou le monde turc, l’arabe, langue des textes religieux, a eu une forte influence et a été pendant des siècles la langue savante, en parallèle à d’autres langues, comme le persan, le turc, le berbère… qui ne furent pas seulement des langues vernaculaires, mais ont aussi eu leurs élites savantes.

Vecteurs de rayonnement culturel

La religion musulmane comme la culture littéraire arabe ont développé de nombreux genres littéraires exprimés sur des supports variés : graffitis ou inscriptions, lapidaires, textes documents administratifs, comptables, ou lettres privées sur papyrus, documents d’archives ou manuscrits littéraires ou religieux sur parchemin ou sur papier…

Les documents en langue arabe relèvent de tous les genres littéraires et de toutes les disciplines, des écrits religieux (Coran, hadiths, commentaires coraniques… sans compter l’expression en langue arabe des textes des non musulmans de langue arabe : coptes, melkites, nestoriens, maronites…) aux recueils de chancellerie et aux traités des sciences profanes (astronomie, mathématiques, médecine, grammaire, lexicographie, sciences naturelles, philosophie…).

Le goût pour la langue arabe est impérieux et les lexicographes et les grammairiens médiévaux ont produit une œuvre remarquable.

‘Ilm al-lugha, « la science de la langue » a donc été très valorisée et de très nombreux dictionnaires (qamūs) et lexiques (mu‘jam) ont été élaborés.

Citons les travaux du lexicographe Ibn Manẓūr (1233-1312), qui travaillait dans la chancellerie mamlouke et fut l’auteur d’un dictionnaire de la langue arabe, terminé en 1290. Ce dictionnaire doit servir à versifier puisqu’il est rangé par ordre alphabétique de la racine finale.

Évolution de la langue, différences idiomatiques

Malgré les évolutions, notamment dans le lexique, la langue arabe est considérée par la plupart de ses locuteurs comme une langue unique, qu’il s’agisse de la poésie préislamique, du Coran ou du vaste corpus produit par la civilisation arabo-musulmane tout au long de l’époque médiévale.

Les parlers vernaculaires sont considérés comme des dialectes.

De tout temps, la diglossie entre les niveaux de langue de l’arabe classique et des dialectes a été important.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix

Instruments de travail

Le travail sur la langue arabe, et particulièrement sur son lexique, des lexicographes arabes comme des orientalistes, ayant été très important, les dictionnaires de toutes époques peuvent être utiles, pourvu qu’ils situent (co-texte et contexte) les termes donnés.

Plusieurs dictionnaires répondent à ces exigences :

  • Un dictionnaire arabe du xiiie siècle: le dictionnaire d’Ibn Manẓūr (1233-1312), le Lisān al-‘Arab, qui s’est inspiré de ses prédécesseurs :
    • Al-Azharī, Tahḏīb al-luġa
    • Ibn Sida, Muḥkam
    • Al-Jawharī al-Ṣaḫāḫ, al-Qamūs
    • Al-Ḏahabī, al-Nihāya

 

  • Un dictionnaire arabe du xive siècle: le Qāmūs al-Muḥīṭ d’al-Fīrūzābādī (729/1329-817/1415) dont nous présentons ici les notices des racines SLM et ṢLḤ
  • Un dictionnaire arabe du xviiie siècle: Ibn Murtaḍā al-Ḥusaynī al-Zabīdī (Belgram, Inde,1732- Égypte, 1790), Tāj al-‘Arūs min jawāhir al-qamūs.
  • Un dictionnaire arabe-francais de la fin du XIXe siècle: Dozy, Supplément aux dictionnaires arabes.

Les encyclopédies comme l’Encyclopédie de l’Islam donnent des définitions de maints termes relevant du champ lexical de la paix (amān, ṣulḥ, ‘aqd…).

Les grands textes fondateurs

  • La poésie préislamique est une poésie épique, décrivant surtout des joutes entre tribus. Le champ lexical de la paix y est peu ou pas attesté.
  • Le Coran met en scène les relations avec les croyants des autres religions, ceux à qui le message islamique a été envoyé et ceux qui sont vierges de tout prosélytisme, ainsi que les apostats. Pour tous, le système relationnel utilise soit un lexique hostile, soit le lexique de la conciliation, de la confiance, de la protection...
  • L’Histoire des Patriarches (Ta'rikh baṭārikat al-kanīsa l-miṣriyya) donne une version tardive de la conquête islamique de l’Égypte. C’est un recueil de Vies des patriarches de l’Église d’Égypte, depuis Marc, jusqu’à Cyrille II. Ces Vies ont probablement été rédigées en copte, puis compilées et traduites en arabe au XIe s. par le diacre alexandrin Mawhūb b. Manṣūr b. Mufarrij (v. 1025-v.1100),. Deux grandes versions, la « Primitive » et la « Vulgate », datant respectivement des XIe et XIVe s. manuscrit Paris. ar. 303)

Les textes historiques : sources narratives

  • Les Livres des conquêtes sont un genre littéraire qui rend compte, deux siècles après les événements, de la conquête islamique du VIIe siècle. Selon ces récits, les conquis le sont en guerroyant ou non, et, dans ce cas, le vocabulaire du pacte, de la conciliation, de la pacification, du tribut… est abondant. Il rend compte de la manière dont les musulmans ont géré, justifié ou écrit l’histoire du rapport de domination entre les musulmans et les dhimmis.
  • Dans un contexte de guerre, il faut pouvoir faire du commerce et assurer la sécurité des biens et des personnes. Les traités de paix et de commerce vont donc parler de la bienveillance, de la trêve, de l’armistice… Établis entre deux parties, ils sont bilingues et ont alors l’intérêt de montrer s’il y a une correspondance entre les diverses langues ou si les acceptions sont éloignées d’une épistémè à l’autre. Exemple d’un traité bilingue conservé : le traité entre le sultan mérinide Abū l-Ḥasan ‘Alī et Jacques III de Majorque.
  • Les correspondances diplomatiques, elles aussi établies entre deux parties disent l’arrêt de la guerre, le retour à la paix, la protection des sujets…
  • Les chrétiens ont aussi rendu compte de la conquête islamique et des guerres et interruptions de guerres postérieures, dans L’Histoire des Patriarches (Antioche, Jérusalem et Alexandrie), pour ce qui est des vies de patriarches contemporaines des événements. Pour l’Égypte, la Chronique de Jean de Nikiou est un texte dont nous n’avons que les traductions en guèze, puis en arabe du texte originel en copte. Malgré une évidente tendance à écrire l’histoire du point de vue des minorités, ce texte rend compte du pacte, et de la « protection » des dhimmis.
  • Pour l’Égypte, la Chronique de Jean de Nikiou est un texte dont nous n’avons que les traductions en guèze, puis en français (XIXe s.) du texte originel en copte. Malgré une évidente tendance à écrire l’histoire du point de vue des minorités, ce texte rend compte du pacte, et de la « protection » des dhimmis.

Bibliographie

 Instruments de travail

Dictionnaires
  • Badawi and Haleem,  Arabic-English Dictionary of Qur'anic Usage, Brill, Leiden/ Boston 2008
  • Al-Khalīl ibn Aḥmad al-Farāhīdī, Kitāb al-‘ayn, Théhéran, Mu’assasat dār al-hijra, 1409H.

        Dictionnaire arabe-arabe du début du ixe siècle, appelé « al-Khalīl », 18 volumes, Iran

  • Ismā‘īl ibn Ḥammād Al-Jawharī, Tāj al-lugha wa-ṣiḥāḥ al‘arabiyya, 17 vol., Beyrouth, Dār al-‘ilm al-mulāyyīn, 1984.

         Dictionnaire arabe-arabe, début du XIe s., appelé Al-Ṣiḥāḥ

  • Abū l-Qāsim al-ḤusaynAl-Rāghib al-Iṣfahānī, Mufradât alfāẓ al-qur’ân, 1248 p., Dār al-al-qalam, Damas. 

        Lexique coranique, du début du XIe s.

  • Ibn Fāris, Mu‘jam maqāyīs al-lugha
  • ‘Abd al-Bāqī : Al-Mu‘jam al-mufahras
  • Ibn Manẓūr, Lisān al-‘arab [La langue des Arabes]

Dictionnaire arabe-arabe du xiiie-xive siècle. Il s’est inspiré de ses prédécesseurs :

  • Al-Azharī, Tahḏīb al-luġa
  • Ibn Sida, Muḥkam
  • Al-Jawharī, al-Ṣiḫāḫ
  • Al-Ḏahabī, al-Nihāya
  • Ibn Murtaḍā al-Ḥusaynī al-Zabīdī, Belgram, Inde,1732- Égypte, 1790, Tāj al-‘Arūs min jawāhir al-qamūs.

Dictionnaire arabe-arabe du xviiie siècle

  • Dozy, Supplément aux dictionnaires arabes, Leyde, 1881.

Dictionnaire arabe-francais de la fin du xixe siècle, portant sur un corpus principalement maghébin des xiie-xive siècles.

  • Naṣṣār, Ḥ, Al-mu‘jam al-‘arabī, Le Caire, 1956.

 

Encyclopédies

  • Encyclopédie de l’Islam
    • Abel, Armand, « Dār al-Ṣulḥ »
    • Inalcçik, Halil, « Dār al-‘ahd »
  • Amir Moezzi, Mohammed Ali, Dictionnaire du Coran, Éd. Robert Laffont, Coll. Bouquins, Paris, 2007.
    • Marie-Thérèse Urvoy, « Guerre et Paix », p. 372-377.

Sources

  • Ibn Isḥāq (Abū `Abd Allāh Muḥammad b. Isḥāq b. Yasār b. Khyār-Médine ca 704Bagdad ca 767), Sīrat Ibn Isḥāq, éd. Ferdinand Wüstenfeld, 1858-1859.
    • L’édition de Wustenfeld part d’un texte transmis pas Ibn Hishām.
  • Traduction : Abdurrahmân Badawî,Ibn Ishaq, Muhammad.
    • On y trouve la fameuse «  Constitution de Médine » ou « Le pacte entre les Émigrés et les Ansars et la réconciliation avec les juifs ». Il s’agit d’une convention établissant les relations entre le groupe des musulmans émigrés à Médine et dirigés par Muḥammad, avec les Médinois. Elle a servi de modèle implicite aux autres pactes que les musulmans ont établis avec les conquis.
  • Al-Wāqidī, Kitab al-Maghazi, 3 volumes, 1321 pages, ed. Marsden Jones, London, 1966.
    • Transmet la Geste du Prophète ( Sīrat al-nabawiyya) écrite par Ibn Isḥāq et transmise par Ibn Hishām.
  • History of the Patriarchs of the Egyptian Church, known as the History of the Holy Church, by Sawirus ibn al-Mukaffa', Bishop of al-Asmunin (édition bilingue arabe-anglais intégrant l'éd. Evetts en 1 vol., et la poursuivant de vol. 2 à 4) : vol. 2/1 par Yassa 'Abd al-Masih et O. H. E. Burmester (de Miche II  à Chenouda Ier) ; vol. 2/2 et 2/3 par Aziz Suryal Atiya, Yassa 'Abd al-Masih et O. H. E. Burmester (de Michel III à Michel IV) ; vol. 3/1, 3/2 et 3/3 par Antoine Khater et O. H. E. Burmester (de Macaire II à Cyrille V) ; vol. 4/1 et 4/2 par Antoine Khater et O. H. E. Burmester (biographie de Cyrille III ).

Traités de paix et de trêve

  • Bresc, Henri, Rāġib, Yūsuf, Du traité de paix au pacte secret. Le sultan mérinide Abū l-Ḥasan ‘Alī et Jacques III de Majorque, Le Caire, Ifao, 2011.
  • Jehel, G. & Jehel, S., Les relations des pays d’Islam avec le monde latin du xe s. au milieu du xiiie s. Textes et documents, Paris, 2000.
  • Holt, P. M., « Baybars ‘ Treaty with the Lady of Beirut in 667/1269 », in Edbury, P. W. (ed.), Crusades and settlement, Cardif, 1985, p. 242-245.
  • —, « Qalāwūn’s ṭreaty with Acre in 1283 », EHR 91 (1976), p. 802-812.
  • —, « Qalāwūn’s ṭreaty with Genua in 1290 », Der Islam 57 (1980), p. 101-108.
  • —, « The Treaties of the Early Mamluk Sultans with the Frankish States », BSOAS 43 (1980), p. 67-73.
  • Köhler, Michael A., Alliances and treaties between Frankish and Muslim Rulers in the Middle East. Cross-Cultural Diplomacy in the Period of the Crusades, Revised, edited ans introduced by Konrad Hirschler, Leiden, Brill, 2013 ?
  • Mas Latrie, L. de, Traités de paix et de commerce et documents divers concernant les relations es chrétiens avec les Arabes de l’Afrique septentrionale au Moyen-Age, Paris, 2 vols, 1868.
  • Weigert, G., « A note on hudna. Peacemaking in Islam », in Lev Y., War and Society in the Eastern Mediterranean 7th-15th c., Leyde, New York, Cologne, p. 399-405.

 Études 

Problématique de la paix
  • Bauden, Frédéric, « Due trattati di pace conclusi nel dodicesimo secolo », in Martinez de Castilla, Nuria (ed.), Documentos y manuscritos arabes del Occidento musulman medieval, Madrid, CSIS, 2010, p. 33-86.
  • Buresi, Pascal, « Les plaintes de l’archevêque. Chronique des premiers échanges épistolaires entre Pise et le gouverneur almohade de Tunis » in Martinez de Castilla, Nuria (ed.), Documentos y manuscritos arabes del Occidento musulman medieval, Madrid, CSIS, 2010, p. 87-120.
  • Köhler, Michael A., Alliances and treaties between Frankish and Muslim Rulers in the Middle East. Cross-Cultural Diplomacy in the Period of the Crusades, translated by Peter M. Holt. Revised, edited ans introduced by Conrad Hirscheler, Leiden, Brill, 2013.
  • Nachi, Mohammed, Figures du compromis dans les sociétés islamiques, IISM, Karthala, 2011.
  • Pedani, Fabris, M. P., La Dimora della Pace, Considerazioni sulle capitolazioni tra i paesi islamici e l’Europa, Rome, 1996.

Pour citer cet article

S. Denoix, "Langue arabe" Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15/10/2015, page consulté le .