Fiche élaborée par Claire Somaglino, Paris IV, UMR 8167, “Mondes pharaoniques”

Famille de langue et particularités linguistiques

La langue égyptienne appartient à la famille des langues chamito-sémitiques (encore appelé afro-asiatiques), dont elle forme une branche spécifique. Elle a été pratiquée dans la vallée du Nil, de la 1re cataracte au rivage méditerranéen.

Écriture

La langue égyptienne peut, dès l’origine, être écrite en hiéroglyphes, ou dans leur forme cursive, le hiératique. Seules les consonnes et semi-consonnes sont notées. Les hiéroglyphes sont des signes-images qui peuvent avoir différents emplois : idéogrammes, phonogrammes, déterminatifs. Ils sont généralement réservés à l’écriture monumentale, donc pour des textes officiels ou religieux, alors que le hiératique est employé préférentiellement sur papyrus et ostraca, pour tous types de textes. C’est cette écriture cursive qui est utilisée quotidiennement dans la pratique administrative et économique.

Issue du hiératique, l’écriture démotique apparaît à la XXVIe dynastie et se généralise progressivement dans la documentation administrative et économique, avant d’être employée dans la littérature, pour noter l’état de langue du même nom.

Enfin, le copte utilise l’alphabet grec, auquel s’ajoutent sept nouvelles lettres.

Évolution de la langue, différences idiomatiques

Les premières traces de l’écriture égyptienne remontent à la période de formation de l’État, vers 3200 avant notre ère. Tout au long de l’histoire égyptienne, la langue évolue, jusqu’à son dernier état, le copte, qui n’est plus pratiqué de manière courante depuis le XIIIe siècle environ, mais qui reste la langue liturgique des chrétiens d’Égypte.

Au cours des 3 000 ans d’histoire égyptienne, la langue égyptienne évolua constamment. Son état écrit semble se modifier à un rythme différent, avec un temps de retard. On distingue plusieurs stades dans cette évolution :

Égyptien de la première phase :

  • L’ancien égyptien, qui est la langue de l’Ancien Empire (2700-2190 avant J.-C. env.)
  • Le moyen égyptien, langue du Moyen Empire et du début de la XVIIIe dynastie (2040-1350 av. J.-C. env.). Considéré comme un état classique de la langue, il forme la base de l’égyptien de tradition, qui est employé durant des siècles par les scribes les plus savants pour un certain nombre de textes officiels, littéraires et religieux.

Égyptien de la deuxième phase :

  • Le néo-égyptien : parlé sans doute depuis la XVIIe dynastie, il apparaît dans les textes écrits à la fin de la XVIIIe dynastie et est utilisé jusqu’à la fin de la Troisième Période intermédiaire environ (1350-664 av. J.-C. env.).
  • Le démotique : ce terme désigne à la fois un stade de l’évolution de la langue et l’écriture dans laquelle il est retranscrit. Il est en usage de la XXVIe dynastie (664 av. J.-C.) jusqu’à 470 apr. J.-C. pour la dernière inscription précisément datée.
  • Le copte

Objectif de la recherche

Des recherches plus précises sont encore à mener sur le vocabulaire de la paix en Égypte, notamment pour comprendre si la notion constituait une catégorie distincte dans la pensée égyptienne.

Une partie du vocabulaire de la paix et de la diplomatie a déjà été étudié, en particulier par D. Lorton (1974), mais son ouvrage ne porte que sur la XVIIIe dynastie et il y aurait intérêt à élargir la période abordée, afin de mieux saisir les évolutions dans le vocabulaire. On consultera également avec intérêt les études consacrées à la monarchie au Moyen Empire et à l’époque ramesside par E. Blumenthal (1970) et N. Grimal (1986). Ils y analysent une série de termes en relation avec les fonctions guerrières et pacifiques du roi.

Plusieurs termes sont employés pour désigner la paix : ḥtp, sḥtp (« apaiser, apaisement, paix », « apaiser, pacifier ») et les expressions liées ; sgrḥ (« pacifier ») ; šrm/šlm (terme dérivé du sémitique ; « poser les armes, chercher la paix », « paix ») ; hrw, hrt, shrj (« se réjouir, se calmer, joie, calme, apaiser, ramener le calme ») ; snsn (« fraterniser, amitié, fraternité »), etc. Le vocable principal est ḥtp et ses dérivés, qui couvrent un champ sémantique vaste : paix, apaisement, contentement. Ils sont très fréquemment utilisés dans le vocabulaire religieux… où l’on voit l’intrication très étroite des différents domaines dans la pensée égyptienne.

Corpus utile à l'étude du lexique de la paix

Pour le programme « Mots de la paix », les sources égyptiennes hiéroglyphiques et hiératiques de l’Ancien Empire à la fin de la Basse-Époque seront prises en compte. Il pourra être fait ponctuellement appel aux textes hiéroglyphiques de l’époque gréco-romaine.

Les textes qui abordent plus ou moins largement le thème de la paix (à l’intérieur du pays ou avec d’autres peuples ou contrées) sont de plusieurs natures. Tout d’abord les textes sapientiaux qui apparaissent au début du Moyen Empire et promeuvent un modèle de comportement moral pour l’élite, dans le respect de la maât, principe d’harmonie, justice et vérité essentiel dans l’idéologie pharaonique. Puis les éloges royaux qui forment des textes à part entière ou peuvent être intégrés dans d’autres types de textes. Ils soulignent les qualités du roi dans ses fonctions, en particulier dans la préservation des frontières du royaume et dans le maintien de la sécurité pour son peuple. Mais ce sont surtout les textes royaux dits « historiques » ou encore les biographies de dignitaires qui constituent les sources les plus riches pour l’étude des mots de la paix, en particulier au Nouvel Empire, époque de la plus grande extension de l’empire égyptien. On peut enfin y ajouter, toujours pour cette période, le premier traité de paix dont le texte nous soit parvenu, et qui fut conclu sous le règne de Ramsès II entre les Égyptiens et les Hittites, v. 1259 av. J.-C. (pour l’édition la plus complète du texte : Edel : 1997).

Bibliographie

  • Blumenthal, E, 1970, Untersuchungen zum ägyptischen Königtum des mittleren Reiches I. Die Phraseologie, Abhandlungen der Sächsischen Akademie der Wissenschaften zu Leipzig. Philologisch-Historische Kalsse 61,1, Berlin.
  • Edel E., 1997, Der Vertrag zwischen Ramses II. von Ägypten und Ḫattušili III. von Ḫatti, Berlin.
  • Grimal, N., 1986, Les termes de la propagande royale égyptienne de la XIXe dynastie à la conquête d’Alexandre, Mémoires de l’Académie des Inscriptions et Belles-Lettres, Nouvelle Série, t. VI, Paris, 1986.
  • Lorton, D, 1974, The Juridical Terminology of International Relations in Egyptian Texts through dyn. XVIII, Londres.

Pour citer cet article

Cl. Somaglino, "L'égyptien ancien", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15 octobre 2015, consulté le 23/10/2021.