Akkadien

fiche élaborée par Simonetta Graziani, Université de Naples, L’Orientale

La langue akkadienne (lišānum akkadītum) appartient à la famille des langues sémitiques dont elle représente la branche orientale. Comme les autres langues sémitique l'Akkadien est une langue flexionnelle: elle exprime les rapports grammaticaux par des modifications phonétiques à l'intérieur des mots (von Soden 1952; Huehnergard 1997).

L'influence du Sumérien (v. la fiche du Sumérien) sur l'Akkadien se manifeste dans la syntaxe Sujet - Objet - Verbe, inhabituelle pour les langues sémitiques, et dans le vocabulaire.

Dès sa première attestation à l'époque de Fara (2800 av. J.-Ch. environ) l'Akkadien est écrit en cunéiforme sur des tablettes d'argile (Michalowski 1996; Charpin 2008).

L'écriture cunéiforme est un système mixte où les signes peuvent être :

  • logogrammes ou idéogrammes : chaque signe représente un mot ou un' idée;
  • phonogrammes : chaque signe représente une syllabe (du type CV, VC, CVC).

Certaines signes sont employés pour faciliter la lectures: les déterminatives précèdent ou suivent un mot pour identifier à quelle catégorie il appartient (divine, humaine, plante, objet en bois, pierre, etc.); les compléments phonétiques sont ajoutés aux logogrammes pour spécifier leurs prononciations ou leurs lectures.

En outre, deux ou plus signes peuvent avoir le même son (homophonie) ainsi que la même syllabe peut avoir plusieurs sons (polyphonie, en particulier l’ensemble sourdes / sonores / emphatiques).

“Inventée” en Basse Mésopotamie à la moitié du IV millénaire av. J.-Chr., l'écriture cunéiforme fut d'abord utilisée pour noter le Sumérien (v. la fiche du Sumérien); en suite elle servit à transcrire l'Akkadien et se répandit dans le Proche Orient entier. Pendant trois millénaires l'écriture cunéiforme fut adaptée pour écrire l'élamite, l'éblaïte, le hourrite, l'hittite, l'ougaritique (v. la fiche Langue Ougaritique), le vieux-perse. Le dernier texte en cunéiforme se date au premier siècle de l’ère chrétienne (Geller 1997; Westenholz 2007).

L'Akkadien est attesté pour la première fois dans les textes sumériens de l'époque de Fara : il s'agit de noms propres.

Dès 2500 av. J.-Ch. environ apparaissent des textes écrites entièrement en Akkadien.

Les témoignages épigraphiques de la langues sont attestées jusqu'au premier siècle de l'ère chrétienne (Geller 1997; Westenholz 2007), mais il faut souligner que l'Akkadien comme langue parlée avait été de plus en plus remplacé par l'araméen au cours du premier millénaire av. J.-Ch., bien qu'il survécut comme langue savante.

À différentes époques l'Akkadien s'est répandu bien au delà de la Mésopotamie: en Perse, en Syrie, en Anatolie. Au XIVe siècle av. J.-Ch. (Époque d'El-Amarna) l'Akkadien était la “lingua franca” du Proche Orient ancien: les archives d'El-Amarna en Égypte témoignent que la correspondance diplomatique des Grand Rois asiatiques avec le Pharaon égyptien s'écrivait en Akkadien cunéiforme.

Au cours des 3 000 ans de son utilisation, la langue akkadienne évolua de manière naturelle. On distingue plusieurs stades dans cette évolution :

    • Ancien Akkadien : 2600-2350;
    • Akkadien : 2350-2000. L’Akkadien est la langue officielle de l’Empire sémitique d’Akkad qui s'étend jusqu' à la Mésopotamie du Nord (Assyrie).

Au XXe siècle av. J.-Ch. l’Akkadien devient la langue dominante et il se partage entre deux ‘dialectes’, le Babylonien au Sud et l’Assyrien au Nord de la Mésopotamie. Du point de vue chronologique on distingue:

  • Babylonien
    • Ancien Babylonien 1950-1530
    • Moyen Babylonien 1530-1000
    • Néo-Babylonien 1000-625
    • Babylonien tardif 625 av. J.-Ch. – 75 ap. J.-Ch. (époque achéménide, hellénistique, parthe)
  • Assyrien
    • Ancien Assyrien 1950-1750
    • Moyen Assyrien 1500-1000
    • Néo-assyrien 1000-600

À côté du Babylonien et de l'Assyrien, dès 1500 le Babylonien Standard fut utilisée pour les textes littéraires : il s'agit d'une langue artificielle, modelée sur l'Ancien Babylonien.

Les sources mésopotamienne (sumériennes et akkadiennes) utiles au projet Les mots de la paix sont représentées par plusieurs typologies textuelles:

  • Littérature politique (inscriptions royales; traités internationaux).
  • Archives épistolaires d'état.
  • Littérature épique et mythologique.
  • Textes sapientiaux; prières.
  • Textes oraculaires: présages; prophéties.
  • Exorcismes; textes médicaux.

Il faut remarquer que les typologies textuelles reconnues ne sont pas toutes témoignées en même temps et dans la même quantité; de plus, elles sont autrement réparties dans le temps et dans l'espace.

Plusieurs ouvrages ont été consacrés à la guerre (surtout) et à la paix en Mésopotamie et plus en général au Proche Orient ancien (v. la Bibliographie) mais la “paix” en tant que telle n’a jamais vraiment fait l’objet d'une étude d'ensemble, analysante les différentes acceptions du concept de “paix” chez les Mésopotamiens.

Le point de départ de la recherche est l'établissement du lexique akkadien qui compte plusieurs termes pour designer la paix, tels que š/salīmu, š/salāmu, šulmu « paix, concorde », « alliance », « santé, bien-ȇtre », « faire la paix, rétablir la concorde »; šalim kiššati « paix universelle »; bēl salīmi « allié », et les termes reliés aḫḫūtu « fraternité », rā’imūtu « amitié », kinūtu « fidélité », riksu « traité », adû « pacte, serment (de fidélité) », etc.; nēḫu/nēḫtu, « quiet, tranquille, sûr », « calme, tranquillité, sécurité », nâḫu « ȇtre/devenir apaisé, pacifié », pašāḫu « ȇtre tranquille, en paix »; pargāniš « en sécurité, en paix », pargāniš rabāṣu « vivre en paix »; ṭūbu « prospérité, bonheur », ṭūb libbi « paix intérieure, du coeur ».

On voit que le lexique akkadien semble poser l'accent sur la paix politique, tel que le montrent les mots « paix, concorde », « alliance », « allié », « paix universelle », et les termes reliés « fraternité », « amitié », « fidélité », « traité », « pacte, serment (de fidélité) »

L’objet final de la recherche sera l'analyse et l'étude des mots et de la notion de “paix” (et de ses métaphores) dans les sources (suméro-)akkadiennes et dans les différents contextes et acceptions: paix politique, sociale, “spirituelle”.

  • AHw. W. von Soden, Akkadisches Handwörterbuch, I-III, Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 1965-1981.
  • CAD. The Assyrian Dictionary of the Oriental Institute of Chicago, Chicago, The Oriental Institute Publications, 1956-2010.
  • CDA. J. Black, A. George, N. Postgate (eds.), A Concise Dictionary of Akkadian (SANTAG 5), Wiesbaden, Harrassowitz Verlag, 2000.
  • Charpin D., 2008. Lire et écrire à Babylone, Paris, Presses Universitaires de France.
  • Cooper J., 1996. “Sumerian and Akkadian” in P.T. Daniels-W. Bright (eds), The World’s Writing Systems, New York-Oxford, Oxford University Press: 37-56.
  • Fales M.F., 2008. “On Pax Assyriaca in the Eighth–Seventh Centuries BCE and Its Implications,” in R. Cohen, R. Westbrook (eds.), Isaiah’s Vision of Peace in Biblical and Modern International Relations, New York, Palgrave Macmillan: 17-35.
  • — 2010. Guerre et paix en Assyrie: Religion et impérialisme. Les Conférences de l’École Pratique des Hautes Études, Paris, Cerf.
  • Geller M., 1997. “The Last Wedge” in Zeitschrift für Assyriologie und Vorderasiatische Archäologie, vol. 87 issue 1, Berlin-New York, De Gruyter: 43-95.
  • Huehnergard J., 1997. A Grammar of Akkadian (Harvard Semitic Museum Studies 45), Atlanta, Scholar Press.
  • Liverani M., 1994. Guerra e diplomazia nell'Antico Oriente, 1600-1100 a.C., Roma-Bari, Laterza.

S. Graziani,, "Langue akkadienne", Les mots de la paix/Terminology of Peace [en ligne], mis en ligne le 15 octobre 2015, consulté le 23/09/2021

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