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ISLAM MÉDIÉVAL - espaces, réseaux et pratiques culturelles

UMR 8167 - Orient et Méditerranée


Ports et réseaux de commerce de l'océan Indien, de la mer Rouge et du golfe Persique (VIIe-XVe siècle)

Julfar (Émirat de Ra's al-Khaimah)

Directeur : Claire Hardy-Guilbert
Axe A : Réseaux, échanges et territoires

APIM : Atlas des Ports et des Itinéraires Maritimes de l'Islam Médiéval

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Ports et réseaux de commerce de l'océan Indien, de la mer Rouge et du golfe Persique
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Économies de la Méditerranée musulmane

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La Montagne d'Îgîlîz et le pays des Arghen
Le complexe thermal de Cefala Diana

L'émergence du fait urbain


Laboratoires et chercheurs associés au projet Julfar :
Laboratoire d'Archéozoologie du CRA, CNRS, J.Desse, N.Desse-Berset.
M.Pirazzoli-t'Serstevens, Ecole Pratique des Hautes Etudes
M.-F.Dupoizat, Maison des Sciences de l'Homme.
V.Roux, ERA 28 du CRA, CNRS.
R.Dalongeville,GREMO,URA 913 CNRS et Université Lumière, Maison de l'Orient.
A.Prieur, URA 11, CNRS et Université Claude Bernard, Centre des Sciences de la Terre.

Collègues étrangers :
M.Hansen, Université d'Aix-la-Chapelle.
G.King, Université de Londres.
T.Sasaki, Université de Kanazawa.
D.Kennet, Université de Durham.
C.Velde, Musée de Ra's al-Khaimah.
Le site

Julfar Le port de Julfar borde la rive occidentale de la péninsule d'Oman, au nord de la ville de Ra's al-Khaimah, aux Emirats Arabes Unis. La mission française dirigée par Cl.Hardy-Guilbert a pris part au projet international archéologique réunissant trois autres équipes (anglaise, allemande et japonaise) pour l'exploitation de ce site de 1988 à 1995 à la demande des autorités locales. Ce fut une première mondiale dans le domaine de l'archéologie islamique.

Ces recherches menées de 1988 à 1996 ont révélé l'histoire de Julfar du XIVème au XVIIème siècles. Située sur la côte occidentale de la Péninsule d'Oman, la cité a joué un rôle qui s'insère dans l'histoire du golfe Persique sous l'emprise d'Ormuz. Elle semble avoir relayé la puissance économique de Sohar en sommeil durant cette période de trois siècles.

La Julfar des XIVe –XVIIe siècles était entourée d'un mur d'enceinte en brique crue de 2m de large. Elle possédait au moins une mosquée modifiée cinq fois durant une occupation correspondant à 7 niveaux d'habitat et était défendue par un fort. Ce dernier est la principale découverte de la mission française. La première phase d'occupation est marquée par la coexistence d'un bâtiment en briques crues avec un habitat en barastis, c'est-à-dire des maisons de palmes dont le toit est supporté par des poteaux. La transformation de ce bâtiment en fort avec un renforcement de sa face externe en pierre constitue la seconde phase. S'ensuivit un rehaussement de l'esplanade extérieure sur laquelle tour médiane et tours d'angle furent édifiées lors de la troisième phase. ceramique mouleeLe fort mesure alors 30 m de côté. Sa destruction qui survint à la fin du XVe - début du XVIe siècle est suivie de plusieurs occupations domestiques successives installées sur son comblement et correspondant à trois autres phases. Le dernier niveau d'habitat est daté du début du XVIIe et son abandon est la conséquence du dernier siège de la ville en 1633. Le comblement ultime exposé actuellement comporte de nombreux foyers et aires récentes de pique-nique et les ruines d'une tour de guet qui le dominait jusque vers 1960.

La grande quantité de céramique commune exhumée confirme la fonction domestique des niveaux contemporains du fort et postérieurs à sa destruction. Une production locale, la « Julfar ware » se distingue et couvre toute l'occupation du site. Sur cette céramique à pâte rouge, les décors peints de lignes ondulées couleur lie de vin sur engobe crème sont plus anciens que ceux à lignes droites verticales ou entrecroisées. La forme la plus caractéristique de cette catégorie, une cruche à bec ponté, a été exportée au Yémen et jusqu'en Afrique orientale. La céramique non glaçurée, à décor à cru, gravé et surtout moulé avec des motifs islamiques sur des gourdes et des pichets sont une importation iranienne bien représentée puisqu'on a pu en dénombrer une centaine. Certains de ces objets sont inscrits comme l'un d'eux en persan dans une frise de cartouches répétant un vœu « Que ton avenir soit propice ! ».Des marmites carénées viennent de l'Inde et du Pakistan, pays négociant les célèbres perles pêchées dans les eaux de Julfar pour les mariages. De l'Inde, encore, proviennent les bracelets de verre aux couleurs chatoyantes et les bagues et perles en cornaline. Un important corpus de céramique d'Extrême-Orient ( Chine, Thaïlande, Birmanie, Vietnam) que les spécialistes jugent de grande qualité atteste la vitalité des échanges commerciaux de la ville arabe avec ces contrées lointaines et la prospérité certaine de ses habitants. L'étude de la faune par les archéozoologues à la suite de fouilles de type préhistorique dans plusieurs dépôts de déchets alimentaires a porté ses fruits. La consommation de poisson semble l'apport privilégié en protéines loin devant celle des mammifères terrestres d'élevage et, essentiellement, la chèvre. Les thons consommés peuvent atteindre 1, 59m et constituent l'espèce la mieux représentée. L'abattage exclusif du petit bétail (moutons et caprinés) mâle avant 8 mois témoigne d'une production laitière régulière et d'un suivi dans la reproduction en conservant en vie les femelles jusqu'à leur quatrième année.

Déjà renommée pour la qualité de ses perles et pour avoir vu naître, au XVe siècle, le célèbre navigateur Ibn Madjid, auteur de routiers nautiques, cette ville portuaire revêt une nouvelle importance dans les réseaux commerciaux du monde musulman grâce aux recherches archéologiques.
Les résultats des campagnes de fouilles menées dans le cadre d'une très large collaboration internationale ont essentiellement révélé que durant trois siècles, tandis que Sohar, sa voisine omanaise, sommeille, la cité portuaire de Julfar connut un rayonnement sans précédent.

Publications :
ceramique JulfarwareLa publication des résultats de ces recherches archéologiques est en cours et est une des priorités du prochain quadriennal. Elle comprendra 10 contributions. A l'heure actuelle, la rédaction de l'étude du matériel archéologique est achevée, avec les contributions sur
  • la céramique à décor (H. Renel)
  • la céramique extrême-orientale (M. Pirrazoli-t'Serstevens, M.-F. Dupoizat)
  • le métal (F. Renel), la cornaline (V.Roux).
La rédaction des résultats stratigraphiques et architecturaux est également terminée. Deux chapitres sur l'histoire et les sources et sur les comparaisons restent à écrire. Le travail conséquent de mise en forme informatique pour l'illustration est achevé pour le matériel (celle-ci a été envoyée avec le texte correspondant au Musée de Ra's al-Khaimah) ; reste une partie des plans et coupes à traiter. Plusieurs contributions seront nécessaires. En dehors des informations sur l'environnement, l'architecture, les activités et les habitudes alimentaires des habitants de cette ville, la publication apportera un éclairage précis sur les échanges de ce port avec les pays voisins (Iran : céramique de Khunj, de Minab ; Inde : verre, cornaline de Ratanpur; Pakistan : céramique de Djuna Shah Bandar ) comme avec les pays plus éloignés d'Extrême-Orient : porcelaines bleu-et-blanc, céladons chinois et leur imitation thai, grès chinois, du Vietnam, de Birmanie et de Thaïlande).
Elle représentera donc une importante contribution à l'étude des comptoirs de l'océan Indien avant l'arrivée des Portugais et pendant leur domination du golfe Persique
Julfar, un comptoir médiéval; recherches de la mission archéologique française à Ra's al-Khaimah, dans Archéologie Française à l'Etranger, ADPF, Paris, constitue la synthèse des fouilles menées dans l'Emirat de Ra's al-Khaimah de 1989 à 1996 sur ce site

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