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ISLAM MÉDIÉVAL - espaces, réseaux et pratiques culturelles

UMR 8167 - Orient et Méditerranée


Programme 1 : Les correspondances diplomatiques dans l'Orient musulman (XIe- fin XVIe s.)

Responsable : D. Aigle

Axe C : Islam et non Islam

Les correspondances diplomatiques dans l'Orient musulman (XIe- fin XVIe s.)
Le Bilâd al-Shâm face aux mondes extérieurs, Croisés et Mongols. Réactions, adaptations, échanges (XIe-XIVe s.)
L'œuvre de Barhebraeus et la transmission interculturelle
Repenser la normativité en Islam post-mongol : courants ésotériques, syncrétistes et messianiques

Responsables scientifiques secondaires : R. Amitai (The Hebrew University of Jerusalem) ; M. Bernardini (Università di Napoli « L'Orientale ») ; F. Déroche (EPHE) ; D. Durand-Guédy (IFRI, Téhéran) ; G. Veinstein (Collège de France).

Coordinatrice scientifique : M. Favereau (IFAO, Le Caire)

Partenariats : Projet IFAO (Le Caire), en partenariat avec le CNRS Umr 8167 « Orient Méditerranée » ; CNRS Umr 8032 « Études turques et ottomanes » ; EPHE (Paris) ; IFRI (Téhéran) ; IFEA (Istanbul) ; The Hebrew University of Jerusalem (Israël) ; Istituto per l'Oriente C.A. Nallino (Rome). Convention signée entre ces partenaires en janvier 2008.

Autres participants : F. A. Sayyed (IFAO) ; J.-L. Bacqué-Grammont (CNRS) ; M. Balivet (Université d'Aix-en-Provence) ; F. Bauden (Université de Liège) ; M. Biran (The Hebrew University of Jerusalem) ; G. Boudi-Hassan (Doctorante Paris 1) ; T. Mansouri (Université de la Mannouba, Tunis) ; C. P. Mitchell (Dalhousie University, Canada) ; M. Ouerfelli (Université d'Aix-en-Provence) ; M Sefatgol (Université de Téhéran) ; A. Talbi (Doctorant Université de la Mannouba, Tunis/EPHE, Paris) ; D. Talmond (The Hebrew University of Jerusalem) ; T. Tanase (École française de Rome) ; A. Troadec (Doctorante EPHE) ; É. Vallet (Université de Paris 1) ; N. Vatin (CNRS/EPHE) ; A. Zouache (Chercheur associé au CIAM, Lyon).
Lettre Oljeitu
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Axes de recherche

Un recensement, une étude et une mise en perspective historique de la correspondance diplomatique des souverains de l'Orient musulman, du XIe à la fin du XVIe siècle, dans toutes les langues et alphabets utilisés dans les correspondances. Le projet se déroulera selon quatre axes principaux :
  • 1. Établissement du corpus : isoler la lettre diplomatique comme document d'archive spécifique. Il est aujourd'hui nécessaire de prendre en compte l'existence de ce corpus qui n'est pas identifié comme tel dans les catalogues d'archives. Cet axe ne concernera que les documents originaux (traductions de lettres incluses si elles sont contemporaines). Les traités de paix et la correspondance personnelle des souverains ne seront pas pris en compte.
  • 2. Détermination des conditions de production et de conservation de ces lettres. Cet axe nous conduira à aborder la question du statut des archives et du rôle de la chancellerie dans les États musulmans. Dans ce contexte, il sera utile de prendre en compte les chroniques, les manuels de chancellerie, les recueils d'inshâ', les récits de voyage ou tout autre type de sources contenant des correspondances diplomatiques. Ce corpus secondaire, qui pourra être comparé au corpus des documents originaux, permettra d'ouvrir le champ de la recherche à la question de l'archivage des lettres et à celle des motivations politiques ou des raisons pratiques d'une telle conservation. Étudier les différentes étapes de l'archivage nous permettra également de distinguer les métiers impliqués dans la chancellerie et œuvrant à la conservation des lettres (secrétaires, interprètes, traducteurs, etc.).
  • 3. Déterminer les normes diplomatiques dans l'Orient musulman. Observe-t-on une évolution, des ruptures, des continuités ? Il sera important d'aborder la question des modèles épistolaires d'une manière comparative entre les différentes zones culturelles qui composent ce vaste espace que constitue l'Orient musulman. L'étude des manuels de chancellerie, qui présentent une forme idéalisée de la lettre diplomatique, sera un outil indispensable à l'analyse des documents originaux et permettra de guider ou de délimiter le questionnement méthodique qui devra être appliqué au corpus.
  • 4. Ce programme offrira un cadre opportun à un renouvellement de la codicologie (qui porte traditionnellement sur l'étude des codex) appliquée à l'étude des lettres écrites sur rouleaux (volumen ou rotuli) et même en ce qui concerne les lettres transmises dans les chroniques ou tout autre type de source. On relève dans ces dernières de nombreux renseignements de type codicologique. Le travail sur le vocabulaire pourra s'enrichir d'une étude sur les dictionnaires ou lexiques bilingues et trilingues caractéristiques de cette période.

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Problématiques

  • Multiplicité des formations étatiques et des traditions administratives
  • La temporalité choisie (xie-xvie s.) nous place dans une perspective de longue durée. Cela permettra de déterminer dans quelle mesure les documents des périodes plus tardives (xve-xvie s.), plus nombreux à avoir été conservés sous leur forme originale, demeurent (ou non) fidèles à des traditions antérieures et si les formules diplomatiques connaissent une évolution notable ou une certaine stabilité. Le cadre géographique choisi, l'Orient musulman (al-Mashriq), s'étendait, à l'époque mongole, des confins de la Chine aux portes de l'Europe orientale, des plaines russes à la vallée de l'Indus et au cœur du monde musulman jusqu'au Proche-Orient. Cet élargissement de l'Orient musulman favorisa la circulation des hommes et des idées et la période de la domination mongole permit d'intenses échanges culturels. C'est le cas en ce qui concerne la diplomatique où l'influence chinoise est nettement perceptible. Par ailleurs, pour la première fois dans cet espace géographique, des souverains non musulmans gouvernèrent pendant plus d'une décennie des sujets musulmans. On peut donc poser l'hypothèse que cette situation nouvelle a pu apporter des changements dans les conventions diplomatiques, lesquels ont pu perdurer après la disparition de l'Empire mongol dans les pays islamiques.

    La question des pratiques diplomatiques dans cette aire géographique a été peu étudiée par les historiens dans cette perspective de « longue durée » et de manière globale. Ce projet a pour objectif premier de pallier ce vide historiographique. Il permettra également de « dévoiler » et de mettre en exergue la multiplicité du monde musulman oriental, dont la composante « arabe », à l'époque concernée, est devenue largement minoritaire. Ce fait est souvent occulté dans les « discours » historiographiques. Si, à travers ce projet, nous émettons l'hypothèse qu'il existe des normes diplomatiques dans cette vaste aire géographique, pour autant, il ne s'agira pas d'enfermer les traditions musulmanes dans une hypothétique unicité culturelle qui serait hermétique à toute influence extérieure. En réalité, nous avons affaire à un faisceau de traditions culturelles éclatées dans l'espace et évoluant dans le temps. Ainsi, de manière à refléter la réalité multiple de ces sociétés musulmanes et de leurs traditions administratives, nous ne jugeons pas opportun de nous limiter aux lettres en langue et en alphabets arabes et persans. Nous disposons de nombreuses lettres rédigées en chinois, en latin et en mongol. En outre, sans insister particulièrement sur le lien entre traditions chrétienne et islamique, nous préférons aborder ce programme à l'aune d'une forme « d'universalité » qui mettrait en présence les grandes cultures de l'Orient musulman et celles de l'Europe.

  • Un corpus à trois niveaux

  • Les documents qui seront pris en compte dans ce projet sont de trois natures différentes : 1/les manuscrits originaux des lettres (et leurs traductions contemporaines certifiées) ; 2/les recueils de chancellerie (inš?', cartulaires…) ; 3/tout autre type de textes faisant mention ou description de lettres diplomatiques transmises dans les chroniques ou les récits de voyageurs occidentaux ou musulmans Une comparaison entre ces trois grandes catégories de sources nous permettra d'entamer une réflexion sur la notion « d'original » en diplomatique et de traiter de la question des « faux » : quelle est la fiabilité des documents uniquement transmis par les chroniques ? Comment distinguer les mauvaises transmissions involontaires des forgeries volontaires ? En outre, les documents originaux que nous avons conservés seront confrontés aux textes tirés des chroniques dont on vérifiera alors, en partie, la fiabilité.
    Ce projet comporte ainsi un indéniable volet pratique : constituer de nouveaux outils de recherche et les mettre à la disposition de la communauté scientifique. Il s'inscrit dans une volonté de renouvellement des notions de corpus et de base documentaire. Il est temps, en effet, de mettre en commun des travaux sur la diplomatique persane, arabe, turque ou turcique et de faire le point sur les documents d'archives qui ne relèvent pas du codex mais du rotulus/volumen, supports ordinaires de la lettre diplomatique. Si on ne peut que constater et déplorer la disparition de nombreuses sources, en comparant les textes éparpillés dans les archives, les recueils de chancellerie et les mentions de lettres issus de chroniques ou de récits de voyage on pourra pallier, en partie, les lacunes qui empêchent les chercheurs de produire des études d'ensemble sur ce thème. Réunir et confronter des enquêtes historiques particulières nous permettrait de tirer des conclusions d'une large portée et d'aboutir à une synthèse, laquelle, étant fondée sur les documents d'archives, aurait des effets pratiques indéniables (en nous donnant, entre autres, la possibilité de concevoir un manuel de diplomatique et de codicologie islamiques appliqué à l'étude des lettres).

  • Le statut des archives dans les États musulmans

  • Nous l'avons évoqué à plusieurs reprises : la plupart des archives produites dans le monde musulman, aux périodes anciennes et médiévales, ont été perdues ou détruites. Très peu de documents nous sont parvenus sous forme de manuscrits originaux. En outre, dans l'immense majorité des cas, il s'agit d'« archives silencieuses », documents dont nous ne pouvons retrouver le cheminement à travers le temps et l'espace. Nous ne possédons que très peu de données sur la manière dont ces actes étaient conservés et sur les pratiques archivistiques en général. En abordant la question du statut des archives dans l'Orient musulman et en établissant des liens entre différentes traditions étatiques, il serait possible d'identifier ou de « reconstruire » une partie de ces pratiques, ce qui nous aiderait à comprendre les raisons ou les mécanismes qui présidèrent à la disparition de la majorité des corpus originaux. Cet axe nous permettra d'entamer une réflexion sur la place et la fonction d'archives officielles et sur les notions de privé/public (peut-on parler d'archives semi-privées/semi-publiques ?) dans les États musulmans. On peut citer l'exemple de la Horde d'Or où des documents officiels ayant une teneur juridique étaient conservés par des particuliers.

  • La langue de la diplomatie
  • Enfin, ce projet s'inscrira dans un renouvellement des problématiques en histoire politique de l'Orient musulman. L'étude des correspondances échangées entre les souverains de cette zone géographique (musulmans et chrétiens orientaux), mais aussi avec l'Occident latin (dont la papauté), permettra de montrer à quel point, loin de s'enfermer dans un prosélytisme religieux et identitaire, certains souverains (musulmans ou non) étaient capables de moduler leur discours dans un langage compréhensible par le destinataire. Les citations religieuses (bibliques ou coraniques selon les cas) en sont un témoignage tout à fait concret. Les écrits de ces souverains font preuve de véritables visées politiques avec ce que cela comporte de « calcul » et d'instrumentalisation. Il faudra ainsi prendre en considération l'existence d'une manipulation délibérée des formules ou des modèles épistolaires. Dans cette optique, il serait pertinent d'aborder la question des « us de chancellerie ». En particulier, à propos des langues, thème majeur sur lequel nous possédons relativement peu d'études et aucun recoupement à grande échelle. Il serait important de repérer quelles sont les expressions stéréotypées en diplomatie et, parmi elles, les formules coraniques et bibliques récurrentes. Il nous faudra traiter également des choix d'écritures, styles et alphabets ainsi que du problème des traductions : dans quelles conditions les lettres étaient-elles traduites ? Les ambassadeurs doublaient-ils oralement le message écrit du souverain et, dans ce cas, en quelle langue s'exprimaient-ils, étaient-ils accompagnés de traducteurs ? Cet axe nous amènera ainsi à aborder la question des professions liées à la diplomatie et à la chancellerie.

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Actions

  • 1. Bilan sur les fonds d'archives : repérer les vides historiographiques, circonscrire le corpus.

  • 2. Publication des corpus de lettres

  • 3. Rédaction d'un manuel de diplomatique et de codicologie adapté à ce corpus particulier

  • 4. Elaboration d'une base de données : relever les formules coraniques et bibliques citées dans les lettres ; relever le vocabulaire de la diplomatique et de la codicologie (mentions explicites du papier utilisé, de la forme de la lettre, etc.).

  • 5. Rédaction d'un ouvrage sur les pratiques diplomatiques (déplacement des ambassades ; où sont-elles accueillies et par qui ? L'échange des cadeaux. L'origine sociale des émissaires ; des porteurs de lettres ; les cérémonies ; la lecture de la lettre ou message délivré de bouche ?)

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Calendrier (2008 – 2013)

  • 11-12 mars 2008 : Une réunion des responsables scientifiques s'est tenue à l'IFEA (Istanbul). Elle avait pour but de mettre au point l'organisation concrète de la publication des corpus, de choisir des collaborateurs nouveaux. Chaque responsable scientifique a présenté le corpus dont il est responsable ; les corpus des autres collaborateurs ont également été présentés et discutés. Cette réunion a été l'occasion de présenter la base de données en rapport avec le programme
  • 3-4 Décembre 2008 (EPHE) : Un colloque « La correspondance diplomatique entre souverains. Rédaction, transmission, modalités d'archivages et ambassades. Approches croisées entre l'Orient musulman, l'Occident latin et Byzance (xiiie- fin xvie s.) », co-organisé par D. Aigle et S. Péquignot.
  • Avril 2009 : table ronde sur les recueils de chancellerie, de majmu'a et d'inshâ', organisée par D. Aigle à Paris (EPHE ou CNRS).
  • 2009 : Publication des Actes du colloque de décembre 2008 et de la table ronde d'avril 2009.
  • Octobre 2009 : Colloque à l'Istituto per l'Oriente, C.A. Nallino, organisé par M. Bernardini à Rome.
  • Printemps 2010 : Séminaire de travail d'une partie des personnes en charge de la publication d'un corpus, selon l'avancement du travail (Téhéran, IFRI).
  • 2010 : Publication des Actes du colloque de Rome.
  • Octobre 2011 : Le colloque final aura lieu à Paris, co-organisé par les responsables des institutions parisiennes qui sont partenaires du programme (UMR 8167 ; UMR 8032 et EPHE).
  • 2012 : Publication des différents corpus, du manuel de diplomatique et de codicologie, des Actes du colloque de 2011 et mise en circulation de la base de données.
  • 2012 : Un colloque à l'EPHE « Pratiques et conventions diplomatiques (Orient musulman, Byzance et Occident latin) » ; publication des Actes en 2013 dans une des collections de l'EPHE ou de l'UMR.


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